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L'ACV

Historique

L’histoire de l’ACV commence en 1889. A la fin du XIXe siècle, les vétérinaires se sont mobilisés et rassemblés malgré les divergences pour bâtir dans la profession une entraide confraternelle. C’est de cette époque où aucune couverture sociale n’existait, qu’est née l’ACV, l’Association Centrale des Vétérinaires. La solidarité professionnelle qui était en gestation accouchait donc de notre association.
Ces quelques mots (discours à l’Académie vétérinaire) prononcés en 1923 par Paul Rossignol, qui fut un trésorier puis futur président de l’ACV, expriment l’esprit et les motivations d’alors de cette association : « Je considère l’association comme une chapelle à la porte de laquelle les adeptes en y pénétrant doivent abandonner tout sentiment d’inimitié et tous motifs de dissension pour n’y communier qu’en une seule pensée, la plus noble, celle de tendre une main fraternelle aux membres de notre grande famille victimes d’un cruel destin, où les uns favorisés par le sort, peuvent venir le remercier comme il convient, tandis que d’autres, accablés par le malheur, y trouvent la force de le supporter».


Donateurs

Les secours et bourses attribués par l'ACV portent les noms de "grands donateurs".

Even

Jean Baptiste Victor Even

Jean Baptiste Victor Even, né le 16/08/1853, à la ferme de Caméru, Pont Réan en Guichen (Ille et Vilaine) est mort le 15/10/1936 au château de la Massaye.
Ses parents étaient cultivateurs à la ferme de Caméru, partie intégrante du domaine de la Massaye.
Il entre à l’école vétérinaire d’Alfort à 20 ans et en sort second en 1877. Il se retrouve ensuite à l’école de Saumur puis au 7ème régiment d’artillerie à Rennes durant 3 ans, puis praticien à Saint Malo. En 1883, il part en Argentine sur l’incitation du directeur de l’école d’Alfort, le professeur Goubaux. Il y restera jusqu’en 1904. Il est successivement titulaire de la chaire de clinique à l’institut agronomique et vétérinaire de Santa Catalina (qui sera transféré en 1891 à la Plata) puis directeur de l’enseignement vétérinaire et des haras de Buenos Aires. En 1891, il quitte l’enseignement pour la clientèle et une entreprise de fabrication et de vente de produits biologiques nécessaires à l’élevage argentin et fait fortune.
En 1904, il revient en France, il sera directeur pendant 10 ans de la Semaine Vétérinaire, et il met au point une pince pour la castration par écrasement « pince d’Even », supplantée ensuite par la pince de Burdizzo.
Durant la guerre de 1914-1918, à 61ans, il repart en Argentine pour diriger la mission française de remonte en Amérique du Sud (la mission achètera 70000 chevaux, à des prix très inférieurs à ceux pratiqués par les Etats Unis et le Canada ; en 1918 on chiffrera l’économie faite pour l’Etat à 220 millions de francs or, soit 491millions d’euros) Il fût membre de l’Académie vétérinaire. 
En 1932, alors administrateur de l’ACV, V. Even, fait don à l’association du domaine de la Massaye dont il était devenu propriétaire.
Outre la très grande valeur de ce patrimoine, les loyers du domaine et des fermes ont été depuis lors une source importante de revenus pour l’ACV. Conformément aux statuts, ces revenus ont été intégralement redistribués aux personnes secourues par l’association. C’est pour honorer la mémoire de notre regretté confrère, et perpétuer son souvenir, que le conseil d’administration du 21 juin 2007 a décidé d’affecter le nom d’Even aux secours trimestriels qu’il apporte à des docteurs vétérinaires, que des accidents ou maladies ont mis dans le dénuement.
Le domaine a été finalement vendu en 2017 et a permis à l'ACV d'accroître ses placements dont les intérêts sont des sources de revenus annuels


Guillemot

Arnaud Roland Guillemot

Arnaud Roland Guillemot (T 33), décédé le 30 décembre 2000, vétérinaire inspecteur aux abattoirs de Bordeaux, retraité au Taillan Médoc (33) a inscrit l’ACV parmi ses légataires sur son testament en date du 18 mars 1993.
Le règlement définitif de la succession intervient le 22 juin 2006. Une maison sise au Taillan Médoc revient à l’ACV, sous réserve que la compagne de notre confrère au moment de son décès en conserve l’usufruit.
La générosité d’Arnaud Guillemot a permis à l’ACV d’augmenter son fonds de réserve d’une somme de 41.002 € et d’avoir la nue propriété de l’immeuble du Taillan-Médoc estimé à 96.043 €. Cet immeuble conformément aux statuts, devra être vendu après le décès de l’usufruitière.
Ce legs, utilisé dans les conditions strictement définies par la loi de 1901, est et sera générateur de produits financiers qui participeront au financement des aides apportées par l’ACV.
C’est pour honorer la mémoire de notre regretté confrère et perpétuer son souvenir que le conseil d’administration du 21 juin 2007 a décidé d’affecter le nom de Guillemot aux bourses qu’il apporte à des étudiants vétérinaires méritants aux prises avec de grandes difficultés financières.


Even

Edmond Paillot

Edmond Paillot (1892-1973), né le 29 août 1892 à Neuilly sur Seine, fit ses études à Maubeuge puis à Alfort en 1909. Mobilisé, il rejoindra le 15ème régiment d’artillerie. En 1916 il est croix de guerre, il s’installe dans le Nord, fait quelques essais dans le journalisme, puis revient à la clientèle et se spécialise dans les chevaux et les petits animaux. A la mort de son épouse, en 1963, il décida de faire bénéficier l’ACV chaque année d’un don annuel important. Il lui survécut dix ans.
Par testament en date du 15 juin 1972, il fait de l’ACV sa légataire universelle. Ce legs comprenait des immeubles et un important portefeuille en valeurs mobilières et compte d’épargne.
Après son décès, en 1973, et le règlement des formalités relatives au legs, l’ACV entre en possession des immeubles que, conformément à ses statuts, elle met en vente aux enchères publiques.
La générosité d’Edmond Paillot (le legs à lui seul s’élevait à 1.882.000 F (897.841 €) a permis à l’ACV d’acquérir, en 1974, ses propres locaux dans l’immeuble collectif de la profession vétérinaire - la Maison des Vétérinaires - et a augmenté considérablement le fonds de réserve de l’association.
Ce legs, en outre, placé dans les conditions strictement définies par la loi de 1901, est générateur de produits financiers qui ont contribué à l’époque à une augmentation conséquente des secours apportés et qui continuent à financer une part importante des aides apportées actuellement par l’ACV.
C’est pour honorer la mémoire de notre regretté confrère et perpétuer son souvenir que le conseil d’administration du 21 juin, 2007 a décidé d’affecter le nom de Paillot aux secours trimestriels qu’il apporte à des conjoints ou conjointes de vétérinaires décédés aux prises avec de graves difficultés financières.


Even

Anna Mangin

Mme Anna Mangin, née Fromage, veuve d’André Mangin (Alfort 1924), fait part le 15 mai 1972 de sa décision d’instituer l’ACV sa légataire universelle. Le conseil accepte le 17 novembre 1972 ce legs qui, fait par une personne résidant à l’étranger, ne sera pas soumis à l’autorisation de la tutelle française, mais à celle du prince de Monaco et sera frappé de droits de succession. Ce legs comportait un appartement à Monaco (qui sera vendu en viager en 1974), des liquidités sur différents comptes, des meubles et des bijoux.
André Mangin était né le 28 septembre 1897 à Remiremont (88), bachelier à Nancy le 8 juillet 1915, il s’engage volontairement le 15 juillet 1915 ; après sa démobilisation le 5 novembre 1919, il prépare le concours et entre à Alfort dont il sort diplômé en 1924. Il exercera à Darney (88) Toutefois, il est rappelé en activité le 26 août 1939, mobilisé le 1er septembre 1939, il sera démobilisé le 1er août 1940. Vers 1956, en raison d’ennuis de santé, il quitte Darney pour se retirer à Monaco où il obtient en 1960 une carte d’identité de résident privilégié. Il disparaît en janvier 1965. 
Le 15 avril 1997, l’ordonnance n°13052 de Rainier III, prince souverain de Monaco, autorise le président de l’ACV à accepter le legs consenti par Mme Anna Mangin, née Fromage, décédée le 17 février 1996.
La générosité de Mme Mangin a augmenté considérablement le fonds de réserve de l’association de 3.974.473F(685.754€).
Ce legs, en outre, placé dans les conditions strictement définies par la loi de 1901, est générateur de produits financiers qui ont contribué à l’époque à une augmentation conséquente des secours apportés et qui continuent à financer une part importante des aides apportées actuellement par l’ACV.
C’est pour honorer la mémoire de la veuve de notre regretté confrère et perpétuer son souvenir que le conseil d’administration du 21 juin 2007 a décidé d’affecter le nom de Mangin aux bourses d’études trimestrielles qu’il apporte à des enfants de vétérinaires décédés ou confrontés à de graves difficultés financières.


Even

Jean Camille Riboux

Jean Camille Riboux (1899-1983), né l8 février 1899 à Vincennes, fut praticien de 1923 à 1942 à Buzançais (36) Après une grave maladie, il se fixera à Vincennes, 9, rue Villebois Mareuil et s’occupera d’associations vétérinaires. Il assurera, en particulier, le secrétariat de l’ACV.
En 1980, n’ayant pas d’enfant, il informe le président Jean Durieux de la rédaction de son testament par lequel il lègue l’ensemble de ses biens à l’ACV, soit un appartement à Vincennes, un à Saint Jean de Monts (85) ainsi que des liquidités importantes.
Après son décès en 1983, l’ACV assurera le séjour de son épouse Jeanne Chaplais dans un établissement spécialisé au château de Boulemont prés de Saint Nom la Bretèche. Après le décès de Jeanne Chaplais, le 21 juillet 1987, et le règlement des formalités relatives au legs, l’ACV entre en possession des immeubles que, conformément à ses statuts, elle met en vente aux enchères publiques.
La générosité de Jean Camille Riboux a augmenté considérablement le fonds de réserve de l’association de 2.717.481F soit l’équivalent de 558.061€.
Ce legs, placé dans les conditions strictement définies par la loi de 1901, est générateur de produits financiers qui ont contribué à l’époque à une augmentation conséquente des secours apportés et qui continuent à financer une part importante des aides apportées actuellement par l’ACV.
C’est pour honorer la mémoire de notre regretté confrère et perpétuer son souvenir que le conseil d’administration du 21 juin 2007 a décidé d’affecter le nom de RIBOUX aux secours qu’il apporte à des membres de la famille vétérinaire aux prises avec des difficultés soudaines et dramatiques, pour les aider à passer un cap difficile.


Présidents

En cent trente ans d’existence, l’ACV a connu 14 présidents et 2 présidentes, dont 8 vétérinaires praticiens (50 %), 3 professeurs (18,75 %), 3 vétérinaires de la fonction publique (18,75 %) et 2 vétérinaires militaires (12,50 %). Au total les vétérinaires praticiens ont assuré la présidence durant 42 ans, les professeurs, 40 ans, les vétérinaires de la fonction publique, 26 ans et enfin les vétérinaires militaires, 22 ans.

Les présidents successifs

1890/1903 : Camille Leblanc (Vétérinaire praticien)
1903 : Edmond Nocard (Professeur)
1903/1909 : Saint Yves Ménard (Vétérinaire de la fonction publique)
1909/1916 : Edmond Lavalard (Vétérinaire militaire)
1916 : Jean-Baptiste Brosse (Vétérinaire praticien)
1917/1919 : Hippolyte Rossignol (Vétérinaire praticien)
1920/1935 : Paul Dechambre (Professeur)
1935/1939 : Paul Rossignol (Vétérinaire praticien)
1939/1954 : Léon Vivien (Vétérinaire militaire / Général)
1954/1978 : Clément Bressou (Professeur)
1978/1982 : Jean Durieux (Vétérinaire praticien)
1982/1998 : Jean-Pierre Marty (Vétérinaire de la fonction publique)
1998/2002 : Ghislain Gielfrich (Vétérinaire de la fonction publique)
2002/2010 : Bernard Wilmet (Vétérinaire praticien)
2010/2019 : Véronique Bianchetti (Vétérinaire praticienne)
2019/xxxx : Dona Sauvage (Vétérinaire praticienne)


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Camille Leblanc (1890 à 1903)

il fut le premier président, du 22 octobre 1890 au 2 août 1903. Il était praticien à Paris, faubourg Poissonnière et membre de l’Académie de médecine.






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Edmond Isidore Étienne Nocard (1903)

Edmond Isidore Étienne Nocard, né le 29 janvier 1850 à Provins (Seine-et-Marne) et mort le 2 août 1903 en son domicile de Saint-Maurice (Val-de-Marne), est un vétérinaire et microbiologiste français.
Il étudia la médecine vétérinaire à l'École nationale vétérinaire d'Alfort de 1868 à 1871 puis, après son service militaire, de 1871 à 1873. De 1873 à 1878 il dirigea le Service Clinique de cette école, travaillant avec le Dr Du Mesnil. En 1876 il fut chargé de créer une nouvelle revue, Les Archives vétérinaires, où il publiera un grand nombre d'articles scientifiques concernant la médecine, la chirurgie, l'hygiène et la jurisprudence. En 1878 il fut reçu dans un concours public comme professeur de médecine vétérinaire clinique et chirurgicale à l'École Vétérinaire. Parmi ses anciens élèves, dont beaucoup devinrent célèbres, on trouve Camille Guérin, le codécouvreur du Bacille de Calmette et Guérin BCG [note]À l'origine, vaccin BCG signifie vaccin Bilié de Calmette et Guérin car la souche atténuée est obtenue par culture sur un milieu bilié. Ainsi, on parle du vaccin bilié de Calmette et Guérin lorsque l'on parle du vaccin BCG. Cependant l'usage veut que BCG, dans un contexte qui évoque la bactérie, signifie également bacille de Calmette et Guérin.
En 1880 il entra comme assistant au laboratoire de Pasteur à Paris. Il y aida Pasteur et Roux dans leurs expériences de vaccination d'animaux contre le charbon à Pouilly-le-Fort, inspiré par la découverte d'Henry Toussaint. En 1883, il se rendit en Égypte avec Roux, Straus et Thuillier, pour y étudier une épidémie de choléra, sans parvenir à isoler le germe responsable de la maladie. Il revint la même année à Maisons-Alfort où il créa un laboratoire de recherches bien équipé, en liaison étroite avec Pasteur. Pendant les trois années qui suivirent, il donna la preuve de sa grande compétence du travail de laboratoire dans la nouvelle science qu'était la bactériologie, en mettant au point un certain nombre de nouvelles techniques, comme des méthodes pour séparer le sérum du sang, de nouveaux milieux de culture pour le bacille de la tuberculose, l'introduction de l'anesthésie pour les grands animaux au moyen de l'hydrate de chloral par voie intraveineuse, et également des techniques permettant de lutter contre le tétanos.
Ses réalisations scientifiques et théoriques furent récompensées, en 1887, par le titre de directeur de l'École et la chaire des maladies infectieuses ; en 1888, on l'invita à devenir membre du premier comité de rédaction des Annales de l'Institut Pasteur. En 1895 il devint membre à part entière de l'Institut Pasteur. De 1892 à 1896, par une série de communications, de conférences, de brochures et de démonstrations, il s'efforça de convaincre les médecins et le grand public que l'utilisation de la tuberculine de Robert Koch pourrait servir de base à la prévention de la tuberculose bovine. Il publia "La Tuberculose Bovine : ses dangers, ses rapports avec la tuberculose humaine classique."
La principale contribution de Nocard à la médecine fut la découverte de l'espèce de bactéries qui fut appelée en son honneur Nocardia. Elle provoque la nocardiose, maladie qui se manifeste surtout chez des animaux économiquement importants, comme chez les bovins sous la forme du farcin, pour lequel il découvrit la première variété de Nocardia, appelée par lui au début Streptothrix farcinica. Nocardia peut aussi provoquer des maladies chez les humains, particulièrement chez les patients immunodéprimés, comme les sidéens.
Dans le domaine de la pathologie vétérinaire il découvrit l'agent pathogène responsable de la mammite enzootique, Streptococcus agalactiae. Il découvrit aussi le microbe qui provoque la péripneumonie bovine et il étudia la psittacose.


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Saint Yves Ménard (1903 à 1909)

D’abord professeur de zootechnie, il fut directeur adjoint du jardin d’acclimatation puis directeur des services de vaccine de la ville de Paris en 1889, année de création de l’ACV.






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Edmond Lavalard (1909 à 1916)

Edmond Lavalard (1839-1916). Fils de militaire, enfant de troupe, il s’engage le 31 janvier 1856 et intègre la même année l’école d’Alfort à titre militaire. Il entre à l’école de cavalerie de Saumur en 1860. Y jugeant les perspectives de carrière trop modestes, il quitte l’armée pour la société générale des omnibus de Paris.




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Jean Baptiste Brosse (1916)

Jean Baptiste Brosse (1844-1916) n’est resté président que quelques mois en 1916 car décéda avant même d’avoir pu présider le Conseil d’administration de l’ACV.






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Joseph Hippolyte Rossignol (1917 à 1919)

Joseph Hippolyte Rossignol, né à Pierre-de-Bresse (Saône-et-Loire) le 30 juillet 1837 et mort le 27 novembre 1919 à Melun (Seine-et-Marne), est un vétérinaire français. Il est le fils d'un vétérinaire Jean Appolline Rossignol (1813-1881) et de Joséphine Marguerite Franon (1816-1892) Son père entretient une amitié avec des vétérinaires enseignants : Jean-Henri Magne et Félix Lecoq, qu'Hippolyte rencontra donc enfant. Après de bonnes études au collège de Dole (Jura) il entra en 1856 à l’École Vétérinaire de Lyon, alors dirigée par Lecoq. Il en sort diplômé au premier rang, en 1860 et il vient s'installer en Seine-et-Marne à Montereau-Fault-Yonne vers le milieu de 1861. Il épouse, le 12 janvier 1865 à Chéroy (Yonne), Marie Georgette Guillaume (1846-1925) avec laquelle il aura deux fils : Paul Maurice Joseph Rossignol (1866-1948) et Lucien Appoline Rossignol (1870-1940) En 1868, il quitte Montereau et retourne dans son pays natal où il s'installe agriculteur. Durant la guerre franco-allemande de 1870, il est élu officier dans une compagnie de gardes nationaux, où il ravitaille en fourrages l'armée de Garibaldi, lors de la bataille de Dijon. Après l'armistice, il se dépensa avec ardeur pour l'élection des candidats républicains à l'assemblée nationale. En 1873, il revient exercer la médecine vétérinaire en Seine-et-Marne et s'installe à Melun où il se fait rapidement une clientèle. Il est constamment élu conseiller municipal de Melun de 1882 à 1896 ; il est administrateur de l'hospice de Melun du 25 février 1882 au 19 novembre 1892. Il s'attacha à la création d'organisations professionnelles pour lutter contre l'empirisme encore en vigueur, alors, dans cette profession. Dès 1861, il seconda son collègue René Pouteau, de Melun, dans son projet de créer une société de médecine vétérinaire en Seine-et-Marne, et en décembre 1861 que fut fondée, à Melun, la première société de praticiens vétérinaires de la région parisienne. Il y proposa l'organisation d'un Congrès national vétérinaire dont le but principal devait être la préparation d'un projet de loi réglementant l'exercice de la médecine vétérinaire. Le projet échoua. D'une volonté déterminée, à son retour en Seine-et-Marne, il reprend sa proposition de 1862 relative à un Congrès National vétérinaire dont il demande la tenue en 1878, au moment de l'Exposition universelle. De ce congrès sortit un projet de loi sur la police sanitaire. En février 1879, il fonde la Société de Médecine vétérinaire pratique par la réunion des sociétés départementales de Seine-et-Oise, de Seine-et-Marne et du Loiret ; il en fut le secrétaire général. Le 15 juillet 1879, il fonde la revue l'Echo vétérinaire avec ses confrères Jean-François Quivogne, Thierry, Émilien Griolet et Larmet ; il en quitte la rédaction suite à une brouille. En 1881, il fonde, avec Garnier et Biot, la revue "La Presse vétérinaire".


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Paul Dechambre (1920 à 1935)

Professeur de zootechnie à l’école d’Alfort et à l’institut agronomique de Grignon. Durant 15 années, il porta l'ACV à son apogée.






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Paul Rossignol (1935 à 1939)

Fils d’Hippolyte Rossignol, il reprend les combats de son père tout comme Camille avait repris les combats de son père Urbain Leblanc. Il préside l’ACV durant 4 ans du 21 février 1935 au 4 avril 1939.






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Léon Vivien (1939 à 1954)

Général Léon Vivien (1876-1967), 15 ans président de l’ACV, géra la période de guerre et empêcha l’expropriation du domaine de la Massaye au profit de la Marine nationale. Il fera la plus grande partie de sa carrière à l’administration centrale du ministère de la Guerre.





Clément Bressou

Clément Bressou (1954 à 1978)

Clément Bressou (1887-1979) né le 22 février 1887 à Montauban, fit de brillantes études secondaires ; il fut aussi sportif, capitaine de l’équipe de rugby.

Au cours de sa scolarité à l’École nationale vétérinaire de Toulouse (1906-1910), il fréquenta les milieux littéraires et artistiques de Toulouse, et participa activement à la vie culturelle et sportive de l’École, démontrant, déjà, « ses prodigieuses qualités d’animateur », notamment comme président du Cercle des élèves.

A la sortie de l’Ecole, il y fut engagé comme chef de travaux, accomplit son service militaire (1910-1912), puis fut mobilisé, en août 1914, pour plus de quatre ans. En 1920, il devint professeur en charge de la chaire d’anatomie… à l’EnvT et, en 1926, à Alfort. En tant qu’enseignant, il a marqué l’esprit des étudiants de dizaines de promotions. Il savait transmettre sa passion de l’anatomie en alliant des dons d’orateur et de dessinateur à une mémoire extraordinaire. Il acceptait toujours diverses charges en supplément.
A partir de 1934, il cumula cette fonction et celle de directeur de l’École nationale vétérinaire d’Alfort jusqu’à sa retraite en 1957 ; il fut le directeur restant le plus longtemps à ce poste, pendant 23 ans. Clément Bressou a été membre des Académies de médecine, des sciences et vétérinaire.
Il fut un homme d’action et l’un des plus grands représentant de la profession de son époque.

Président de l’ACV, là encore avec le plus long mandat, il connut la période faste des Trente Glorieuses (jusqu’à 2700 membres) avec de nombreuses actions ; et pendant 14 ans (1954 à 1969), il soutint la publication d’un bulletin de l’ACV, « Actualités et Cultures vétérinaires ».


Jean Durieux

Jean Durieux (1978 à 1982)

Jean Durieux est né le 28 juin 1903, à Hergnies, près de Valenciennes. Le jeune Durieux poursuit d'excellentes études secondaires au Lycée de Marcq-en-Barœul, près de Lille. Ses efforts sont brillamment couronnés en 1921 par un baccalauréat classique. Il passe le concours vétérinaire en 1921 et est admis à l'Ecole Nationale Vétérinaire d'Alfort. Il obtient le diplôme de vétérinaire en 1925, avec le titre de lauréat de l'Ecole d'Alfort. L'année suivante il soutient devant la Faculté de Médecine de Paris une thèse de Doctorat intitulée : « Contribution à l'étude de la paralysie pénienne du cheval. Son traitement chirurgical ». Il devient ensuite élève attaché au laboratoire de parasitologie auprès du Pr Henry et du Dr Ch. l.eblois. Vétérinaire diplômé d'Alfort et titulaire du Doctorat vétérinaire, Jean Durieux est invité à remplir ses obligations militaires. D'abord à l'Ecole d'application de Saumur où son excellent travail lui permet de choisir les affectations successives d'Évreux et de Rouen.
C'est là, à Meaux, qu'il s'établit en clientèle rurale en 1927. En marge de sa clientèle, il se consacrer à la recherche appliquée et à des œuvres professionnelles. Il est Secrétaire général et Président de l'Association Centrale des Vétérinaires durant 28 années.
Pendant ce temps, Mme Durieux apporte de son côté, une importante contribution complémentaire au sein de l'Association Française des Femmes Vétérinaires.
Président de l'Académie Vétérinaire de France en 1952, il a représenté notre Compagnie aux manifestations du tri-centenaire de l'Académie des Sciences. Il était aussi membre du C.A. de la Société des Anciens élèves d'Alfort, Vice-Président de l'Amicale de l'École de Perfectionnement des Vétérinaires biologistes de la Première région militaire, membre des Commissions permanentes des Comités consultatifs de la protection sanitaire et qualitative des denrées d'origine animale au Ministère de l'Agriculture.
Trois distinctions officielles sont venues couronner cette carrière : 1958, le ruban de Chevalier de la Légion d'Honneur ; 1960, la rosette du Mérite Militaire ; 1965, la rosette d'Officier du Mérite Agricole.


Jean-Pierre Marty

Jean-Pierre Marty (1982 à 1998)

Jean-Pierre Marty est né le 16 juin 1923 à Verneuil-sur-Avre (Eure), dans une famille de huit enfants. Son père, professeur de latin et d’anglais à l’Ecole des Roches, collège réputé dont il devint ensuite le directeur, lui dispensa une éducation sévère.
Après ses « deux bacs » (1940 et 1041), Jean-Pierre Marty s’inscrit en Propédeutique à la Sorbonne. Il obtient son Certificat d’Etudes Physiques, Chimiques et Biologiques, puis est reçu à l’Ecole vétérinaire d’Alfort en septembre 1943. Diplômé en 1947, il suit les cours de « l’Exo », l’Institut de Médecine Vétérinaire exotique qui donna naissance en 1948 à l’Institut d’Elevage et de Médecine Vétérinaire des Pays Tropicaux (IEMVT). Il intègre, aussitôt diplômé, l’Administration coloniale, et rejoint sa première affectation en Afrique : nommé à Kankan, en qualité de Chef de la Circonscription d’élevage de Haute-Guinée, Il y restera jusqu’en 1953.
Il devient ensuite Chef du Service de l’Elevage du Dahomey, puis de retour à Paris de 1954 à 1956, il est nommé adjoint à l’Inspecteur général - Chef du service de l’Elevage du ministère de la France d’Outre-Mer.
Fort de cette compétence, il va occuper à partir de 1957 le poste de Chef du Service de l’Elevage en Nouvelle-Calédonie, où il séjournera jusqu’en 1960.
En 1960, de retour à Paris, Jean-Pierre Marty rejoint brièvement les rangs de la SCET-International (Société Centrale pour l’Equipement du Territoire-International, filiale de la Caisse des Dépôts). S’ouvre ensuite pour lui une longue carrière d’expert, au cours de laquelle il s’emploie à construire, suivre ou évaluer de grands projets de production de viande bovine ou ovine, dans d’innombrables pays d’Afrique du Nord, d’Afrique sous le Sahara, d’Amérique du sud, du Pacifique et même d’URSS...
En 1974, Il est nommé Inspecteur général de la Coopération Technique Internationale au ministère de l’Agriculture, et Président du Conseil d’Administration de l’IEMVT.
En 1975, il est porté par ses pairs à la présidence de la Société Vétérinaire Pratique de France, la plus ancienne organisation professionnelle vétérinaire. Sa générosité le conduit à accepter, en 1977, la fonction de Secrétaire général de l’Association Centrale d’Entraide des Vétérinaires, qu’il occupera jusqu’à en prendre la présidence en 1999. Il prendra sa retraite en 1983.
Il aura incarné à la perfection le modèle même des grands experts qui ont brillamment illustré la compétence française à l’international et profondément marqué la période des « Trente Glorieuses ».
Jean-Pierre Marty était Chevalier de la Légion d’Honneur et Officier du Mérite agricole.


Even

Ghislain Gielfrich (1998 à 2002)

Ghislain Gielfrich, Alfort 1952, Contrôleur général honoraire des services vétérinaires, a été un membre important dans la vie et l'ACV.
Ancien directeur des abattoirs de Rennes puis Directeur des Services Vétérinaires d'Ille et Vilaine, Directeur général adjoint du Centre national d'études vétérinaires et alimentaires, ayant pris sa retraite à Rennes, il a souvent représenté l'ACV dans les discussions pour la location d'une partie du domaine de La Massaye, situé à Guichen (35), avec Edmond Hervé, au Centre Hospitalier Universitaire de Rennes ainsi que de l’implantation d’un centre aéré pour cette même ville. Rigoureux, précis, disponible, bien au fait des démarches administratives, il était un ardent et apprécié défenseur du domaine de La Massaye.
Succédant à JP Marty en 1998, il avait présidé l'ACV jusqu'en mars 2002 et tous les membres de notre conseil d'administration appréciaient sa gentillesse, son savoir et son dévouement pour la profession, cherchant toujours à aider plus nos sociétaires, moralement et financièrement. Nommé président d’honneur, et en qualité d’administrateur, il continuait à participer à nos réunions, nous apportant sa précieuse expérience et son savoir sur l'histoire de notre association.


Bernard Wilmet

Bernard Wilmet (2002 à 2010)

Bernard Wilmet a été praticien à Issy les Moulineaux, exerçant en clientèle canine.

Il a animé très longtemps sa région en étant délégué syndical au SNVRP puis en présidant le Conseil Régional de l’Ordre d’Île de France. Il avait, bien avant l’essor des systèmes de garde collective, mis en place le service de garde dans son secteur, rapprochant ainsi les confrères dans un souci de service rendu auprès de la clientèle.
Il a été décoré chevalier dans l’Ordre national du Mérite agricole ainsi que dans l’Ordre de la Légion d’Honneur.
Il a été ensuite élu à la présidence de l’ACV en 2002, et ce jusqu’en 2011.
Il a initié la vente du domaine de La Massage, généreusement léguée par notre confrère Jean Baptiste Victor Even. En 2005, il a obtenu de la préfecture une modification des statuts autorisant l’aide aux futurs confrères fréquentant les ENV boursiers de l’État. Ces secours représentent une part croissante des aides distribués par l’ACV.


Véronique Bianchetti

Véronique Bianchetti (2010 - 2019)

Véronique Bianchetti, Alfort 1973, a partagé son activité professionnelle entre la médecine canine à Rueil-Malmaison et Boulogne Billancourt et les missions dans le domaine de l’hygiène alimentaire.
Elle a siégé au conseil régional de l’Ordre d’Île de France puis au Conseil national, Vice Présidente jusqu’en 2008, chargée de la communication de la profession et participant à la préparation des textes législatifs et réglementaires codifiant l’exercice en groupe. Elle a participé aux conseils d’administration de la la CARPV ainsi qu’à ceux de l’ACV.
Décorée chevalier dans l’Ordre National du Mérite et dans l’Ordre de la Légion d’Honneur, elle a été élue présidente de l’ACV à la suite de Bernard Wilmet et ce jusqu’en 2019.
Elle a finalisé la vente du domaine de La Massaye, avec l’appui du Conseil d’administration et en particulier d’Hubert Chauchet.


Dona sauvage

Dona sauvage (2019)

Sortie d’Alfort en 1975 Dona sauvage a exercé en canine à Saint-Cyr sur Loire, commune limitrophe de Tours en Indre et Loire jusqu’en 2012. Elle a été conseillère ordinale de la région centre puis élue au CNOV de 2001 à 2013 où elle a assumé la fonction de Secrétaire générale pendant six ans. A ce titre elle a été membre du Conseil d’administration de la CARPV jusqu’en 2012.
Conseillère municipale de la commune où elle exerçait pendant 25 ans dont 12 ans comme adjointe au maire, elle est devenue membre du Conseil d’administration de l’ACV depuis 2013 et a été élue présidente en mai 2019..


Divers

Le Conseil d'administration 2019

Bianchetti Véronique
Blondeleau Richard
Bonneau Alexandre
Bousser Dominique
Brochard Jean-Claude
Champagnac André
Chauchet Hubert
Colombo Jean-Claude
Demarigny Ariane
Denis Jean-Pierre
Guibourg Dominique
Labourel Claude
Lecomte Christian
Le Groumellec Michel
Mélon Philippe
Mialot Jean-Paul
Racle Jean-François
Sauvage Dona
Souffi Yannick
Veilly Marc

Le Bureau 2020

Présidente : Dona Sauvage
Vice-présidente : Véronique Bianchetti
Secrétaire général : Michel Le Groumellec
Secrétaire générale adjointe : Dominique Guibourg
Trésorier : Philippe Mélon
Trésorier adjoint : André Champagnac
Délégué à la protection des données : Dominique Bousser


Historique de l’ACV de 1850 à nos jours

(Document tiré de la thèse de doctorat vétérinaire de Flore Lapert - L'Association centrale d'entraide vétérinaire : historique – missions – avenir - ENVA 2010 que vous pouvez consulter in extenso

L’Association Centrale des Vétérinaires (ACV), qui a pris en 2005 le nom d’Association Centrale d’Entraide Vétérinaire, a été créée en 1889. Elle a donc cent trente ans cette année. Le but de cette association de bienfaisance a toujours été de faire l’union de la profession vétérinaire française sur le terrain de la solidarité confraternelle. Et depuis cent trente ans, l’ACV est restée fidèle à la pensée de ses fondateurs : aider les déshérités de la profession, ceux à qui la chance n’a pas souri.
En plus d’un siècle d’existence, l’ACV a vécu bien des péripéties, au gré des changements de contexte politique mais aussi des évolutions de la profession. L’association a été confrontée à ses débuts, à la sévérité de l’Empire, qui freinait les tentatives de regroupement. Elle a aussi traversé, non sans difficultés, deux guerres mondiales. Elle a connu l’époque où la profession était dispersée et où celle-ci se cherchait une instance représentative, puis, demeurant fidèle à sa seule mission de solidarité, l’ACV est restée spectatrice devant la création de la Fédération, du Syndicat puis de l’Ordre.
Ainsi l’histoire de l’ACV est profondément liée à l’histoire moderne et à l’histoire de la profession.

1.1 Le contexte historique de la profession vétérinaire au XIXe siècle

Pour mieux comprendre les raisons et les conditions qui ont permis et motivé la création de l’ACV, il nous faut commencer par revenir au contexte politique mais aussi professionnel du XIXe siècle. L’exercice de la médecine vétérinaire existe alors depuis à peine un siècle. La profession ne s’est pas organisée pour défendre ses intérêts même si quelques voix éminentes commencent à s’élever. Aucune couverture sociale n’existe et la médecine vétérinaire n’a de sens qu’à travers la pratique de la médecine équine.

1.1.1 Quand vétérinaire se confond encore avec pratique des soins aux chevaux
1.1.1.1 La création de la profession au milieu du XVIIIe siècle

Au milieu du XVIIIe siècle, Georges-Louis Leclerc, comte de Buffon, éminent biologiste et naturaliste, est le premier à décrire la nécessité de créer la profession vétérinaire. Ainsi, dans son histoire naturelle, l’œuvre de sa vie, il écrit : « Je ne puis terminer l’histoire du cheval sans marquer quelques regrets de ce que la santé de cet animal utile et précieux a été jusqu’à présent abandonnée aux soins et à la pratique, souvent aveugles, de gens sans connaissance et sans lettres... Je suis persuadé que si quelque médecin tournait ses vues de ce côté-là, et faisait de cette étude son principal objet, il en serait bientôt dédommagé par d’amples succès ».
Puis, Claude Bourgelat, ancien avocat, évoque dans ses éléments d’hippiatrie publiés en 1750, la nécessité de créer des écoles où seraient enseignés les principes de la médecine du cheval : en ce milieu du XVIIIe siècle, la profession vétérinaire est en train de naître. En effet, depuis le Moyen Âge, les soins dispensés aux animaux l’étaient au mieux par des maréchaux-ferrants, au pire par des charlatans, qui exploitaient la crédulité des paysans. A l’époque, seule la santé du cheval pouvait préoccuper les classes privilégiées. Nul ne s’intéressait au bétail, sauf en cas d’épizootie meurtrière se répandant sur l’ensemble du pays et portant gravement atteinte aux revenus seigneuriaux. Dans ces cas là, une commission composée de médecins et de chirurgiens était chargée d’étudier les épizooties et de proposer au roi les mesures à prendre pour les combattre. Ces commissions ont donné naissance aux premiers édits royaux de police sanitaire en 1714, avec des mesures telles que l’enfouissement des animaux morts et l’interdiction des mouvements de bétail dans les régions infectées. Mais mises à part ces mesures globales dictées par les médecins, il y avait une véritable carence dans les soins dispensés aux animaux. Les vétérinaires avaient leur place à prendre. Ainsi, grâce à la volonté de Claude Bourgelat, la première école vétérinaire au monde fut créée à Lyon en 1762 et la deuxième à Alfort en 1766.

1.1.1.2 Le début d’un long combat pour se distinguer des maréchaux et éliminer les empiriques

Au XVIIIe siècle, le cheval est le moteur de l’économie française (transport de personnes, transport de marchandises, guerre, agriculture). Les questions touchant à son pied, l’art de la forge et de la ferrure, sont des notions essentielles pour les vétérinaires. Les élèves vétérinaires sont donc recrutés, plus pour leur habitude à manier les chevaux que pour leurs capacités intellectuelles. Ainsi, sans limite d’âge, sont recrutés des fils de cultivateurs et surtout de maréchaux-ferrants avec les plus simples notions de lecture et d’écriture. Ce système de recrutement est néfaste par la suite pour la profession vétérinaire car, pour lutter efficacement contre les empiriques, il fallait commencer par créer une élite.
Pour mieux comprendre pourquoi la lutte contre ces empiriques a été la première raison de regroupement entre vétérinaires, il faut revenir à sa définition. Le principe de l'empirisme est que toute connaissance provient essentiellement de l'expérience. Représenté par exemple par le philosophe anglais Francis Bacon (1561-1626), ce courant considère que la connaissance se fonde sur l'accumulation d'observations et de faits mesurables, dont on peut extraire des lois générales par un raisonnement inductif. L’empirisme laisse donc une grande place à l’intuition et s’oppose à la fois au rationnel et aux méthodes diagnostiques vétérinaires, basées elles, sur un raisonnement déductif. Au XVIIIe siècle, ce courant est particulièrement influent puisque les « lumières françaises » comme Voltaire et Diderot, en sont partisans. Sous les débuts de l’Empire, au début du XIXe siècle, toujours dans cette lutte contre l’empirisme, des voix se font entendre pour élever le niveau d’instruction des élèves admis aux écoles vétérinaires. Selon Cabanis, célèbre médecin, physiologiste et philosophe français de la fin du XVIIIe siècle, il faut substituer des vétérinaires instruits « aux empiriques ignorants qui ravagent les campagnes ». Le recrutement des élèves est aussi contesté par Aygalenq, éminent vétérinaire du XIXe siècle. Il décrit ceux-ci comme « de bons maréchaux sachant tout juste lire et écrire, et qui sortent des écoles aussi ignorants qu’ils y sont entrés ».
Durant cette période, une distinction très importante apparaît pour la profession : l’enseignement à deux degrés. Au bout de trois ans, les élèves obtiennent un diplôme de maréchal-vétérinaire. Les meilleurs sont admis à faire deux années supplémentaires pour obtenir le diplôme de médecin-vétérinaire.
C’est le début de la différenciation entre les vétérinaires et les maréchaux mais la lutte contre les empiriques, elle, ne fait que commencer. Ce combat est néanmoins bénéfique pour la profession puisque c’est, pour elle, la première occasion de se réunir.

1.1.1.3 Le milieu vétérinaire parisien au XIXe siècle

Dans la deuxième moitié du XIXe siècle, le Paris de la « belle époque » laisse place à la révolution industrielle marquée par l’utilisation du pétrole et de l’électricité. Les omnibus à impériale, attelés à 2 ou 3 chevaux sont remplacés progressivement depuis 1897 par des autobus à moteurs, des tramways électriques et des taxis.
Les chevaux restent malgré tout très nombreux dans Paris car ces nouveaux moyens de locomotion ne peuvent absorber tout le développement industriel et commercial. Il y a beaucoup de sociétés de transport qui font fonctionner des coches et des diligences. A l’époque, une estimation fait état de 80 000 chevaux dans Paris, 150 000 en comptant la banlieue . Les vétérinaires ont donc un rôle capital à jouer. Dans cette deuxième moitié du XIXe siècle, ils sont d’ailleurs tous devenus vétérinaires et non plus maréchaux-vétérinaires ou médecins- vétérinaires. La pratique de la médecine canine commence à émerger (le nombre de chiens atteint 100 000 en 1900 à Paris) tout en restant marginale. La médecine équine reste l’essentiel de leur activité.
À la fin du XIXe siècle, la médecine vétérinaire se confond donc encore avec la pratique des soins aux chevaux. Il y a bien quelques cliniques canines mais ces vétérinaires ne sont pas encore pris au sérieux.
D’ailleurs toute installation vétérinaire à Paris comporte obligatoirement un atelier de maréchalerie et une infirmerie. Le personnel est composé d’au moins deux ouvriers, un maréchal ferrant et un apprenti pour les basses besognes. En ville, la raison principale de consultation reste les boiteries et l’usure des membres du cheval.
Selon le colonel Dumeste, « parmi les grands praticiens, quelques uns, plus entreprenants que d’autres, plus actifs, plus audacieux, ont réunis entre leurs mains, d’importante clientèle et de vastes ateliers de maréchalerie, véritables usines à ferrer, où cinquante, soixante ouvriers et maîtres-maréchaux ferrent, au long des jours, des centaines et des centaines de chevaux ».
Rien n’est encore prévu pour gérer les conflits survenant entre vétérinaires et propriétaires lors des soins aux chevaux. La responsabilité du vétérinaire peut être engagée avec des conséquences matérielles et morales. De même, aucune couverture sociale n’existe et pourtant, c’est l’époque du coup de pied de cheval, pouvant ruiner la carrière d’un praticien. De cet état de fait émerge le besoin de se regrouper pour se défendre et pour se protéger. De petits groupes commencent à s’organiser mais de façon marginale avec par exemple en 1866, la création d’une association mutuelle de prévoyance contre les accidents : l’Association Confraternelle et de Prévoyance contre les accidents entre les Vétérinaires de Paris, encore appelée la Confraternelle. Le but était de partager à plusieurs les responsabilités de chacun. L’idée est simple et efficace : une caisse commune à l’aide de laquelle pourrait être réglés, dans une certaine proportion et jusqu’à un chiffre déterminé de 3 000 francs, les accidents survenant aux chevaux, soit pendant le ferrage, soit au cours des interventions. Mais évidemment, seuls les praticiens présentant de sérieuses garanties morales et financières pouvaient appartenir à ce groupement . L’admission y était très difficile, l’empêchant de répondre aux besoins de toute une profession.
La profession a alors d’immenses besoins: un besoin d’institutionnalisation pour parler d’une seule voix face aux pouvoirs publics, un besoin de reconnaissance pour éliminer les empiriques et lutter contre les pharmaciens, un besoin de prévoyance pour se secourir mutuellement en cas d’accident. Pour cela, la seule solution est de se regrouper, comme l’ont fait les médecins, pour être plus forts.

1.1.2 La vague de structuration de la profession

Selon Ronald Hubscher dans son livre, les maîtres des bêtes, les vétérinaires ont acquis, au milieu du XIXe siècle, un statut les faisant exister au regard de l’élite scientifique, mais il reste à mettre en place des structures institutionnelles et des réseaux de sociabilité. Il faut conférer une existence sociale à la profession et en faire un interlocuteur reconnu par les pouvoirs publics. Les enseignants vont jouer un rôle important dans la mise en place de cette identité professionnelle car celle-ci assurerait une position sociale élevée à leurs élèves, amenant les écoles vétérinaires au rang des grandes écoles. Cette prise de conscience des manques et des besoins de la profession va ainsi donner lieu à une vague de structuration de la profession, un peu avant le milieu du XIXe siècle : c’est le temps des sociétés savantes.
Plus précisément, il va y avoir deux vagues de structuration. La première vague va lancer le mouvement dans toute la France et donner naissance à de multiples sociétés parisiennes et de province. Ces sociétés ne sont pas pérennes, faute de moyens et de buts clairement définis. La deuxième vague, tentera, quelques années plus tard, de faire émerger une instance nationale avec des objectifs plus précis.
Il faut noter que maintes tentatives de création d’une institution nationale, par fusion de toutes ces sociétés locales, vont avorter avant le succès final. La raison principale de ces échecs est la lutte entre Paris et la province pour s’attribuer le monopole de la représentation professionnelle.

1.1.2.1 La première vague de créations : 1820-1860

Entre 1820 et 1860, la profession assiste donc à une première vague de création de sociétés vétérinaires. Celles-ci s’inscrivent en France dans le contexte plus général d’une floraison de sociétés savantes et d’académies de province. Ces premières sociétés vétérinaires sont le premier pas vers une construction institutionnelle de la profession, et vont générer une véritable identité de groupe.
La première société à avoir été créée est la « Société vétérinaire des départements du Calvados et de la Manche » en 1829 par Pierre Lecoq. Cette société se pose en défenseur des intérêts vétérinaires sur les empiriques grâce à la notoriété de ses membres et concentre ses travaux sur la zootechnie, la pathologie bovine et l’obstétrique. En 1831, dans sa lutte contre l’empirisme, elle est à l’origine de la première pétition pour la réglementation de la médecine vétérinaire.
Cette doyenne des associations est à l’origine du mouvement de structuration professionnelle qui gagne tout le pays.
Dix ans plus tard est créée la Société vétérinaire de l’Hérault. Celle-ci se consacre également à la lutte contre les empiriques. Elle veut « se dégager de la foule des guérisseurs avec lesquels on les a trop souvent confondus et entrer seule en possession d’un art qui exige de fortes et savantes études».
La Société vétérinaire du Lot-et-Garonne en 1840 puis celle de Haute-Saône en 1841 suivent son exemple.
La profession se structure et se regroupe donc un peu partout en France avec comme objectif principal l’élimination des empiriques.
En 1844, c’est au tour de la capitale de fonder sa propre société. Ainsi 22 praticiens parisiens ainsi que des professeurs d’Alfort décident la création de la Société des vétérinaires de la Seine pour l’avancement de la science et l’amélioration de la position sociale des vétérinaires. Cette société affirme une identité parisienne mais réclame déjà une audience nationale. L’idée était de créer une société d’élite grâce à des membres éminents comme Bouley, Yvart, Huzard, Girard. Ceux-ci comptaient faire converger les sociétés provinciales grâce à l’autorité qui émanait de leur nom. La rivalité entre Paris et la province existe déjà tout comme le désir d’hégémonie et de domination des parisiens. Cette société se prétend l’instance représentative des intérêts professionnels.
Au milieu du siècle, il existe 19 associations mais la domination de la société parisienne suscite de l’animosité, déjà révélatrice de l’opposition entre Paris et la province. Malgré leur but proclamé de défendre la profession, ces sociétés mettent rapidement l’accent sur les activités scientifiques auxquelles, du fait de leurs tâches quotidiennes, bon nombre de praticiens n’ont pas le temps de se livrer. Ces sociétés sont donc languissantes voire éphémères, mais elles ont le mérite de lancer un premier mouvement de structuration de la profession dans sa lutte contre l’empirisme.

1.1.2.2 La deuxième vague de créations au tournant des années 1880

Après cette première vague de créations, quelques sociétés de cette première génération ont survécu, mais ce qui est important, c’est que les esprits sont maintenant mieux préparés à la construction d’une instance nationale.
C’est la presse vétérinaire qui exprime le plus souvent la nécessité de cette instance nationale, qui serait le véritable lien fédérateur entre toutes ces associations, et qui serait plus à même par son poids de défendre les intérêts de la profession. En effet, le caractère professionnel de la médecine vétérinaire est encore loin d’être reconnu. Déjà en 1862, la Société vétérinaire de Haute-Garonne regrette « l’éparpillement et la désunion des vétérinaires ». « Développons en nous cet esprit de corps dont nous manquons complètement et qui fait la force d’institutions célèbres. Réunissons nous dans une même vue, un même esprit et luttons ».
Mais cette prise de conscience collective n’empêche pas l’avortement de multiples tentatives, car une lutte entre les instances concurrentes fait rage, pour s’attribuer le monopole de la représentation professionnelle : à la force du localisme s’opposent les parisiens. A cela, s’ajoute la législation impériale qui freinait toute tentative d’organisation d’associations entre 1862 et 1865. Ainsi, si les sociétés de secours mutuels étaient autorisées sous certaines conditions, ce n’était pas le cas d’un organisme représentatif d’une catégorie d’individus. Une confusion naît entre ces deux notions et celle-ci freine l’émergence d’une véritable structure revendicative.
En 1878, se tient à Paris le premier congrès national vétérinaire à l’occasion de l’exposition universelle. C’est de ce grand rendez-vous que va résulter la deuxième vague de créations de sociétés mais, avec cette fois, des objectifs plus précis : la constitution d’une caisse de secours, la protection légale de l’exercice de l’activité vétérinaire et l’élimination des empiriques.
Cette fois, les attitudes sont plus offensives, car les confrères prennent conscience qu’il est absolument nécessaire d’organiser et surtout de défendre la profession, tous ensemble. Le président de la Société vétérinaire de la Nièvre, par exemple, est exaspéré à l’encontre des empiriques : « les empiriques, voilà l’ennemi ! L’ennemi qu’il nous faut combattre sans trêve ni merci, qui vit de honte, répand son venin, rampe et se faufile dans la fange où notre dignité nous interdit de le poursuivre et où la loi seule peut l’atteindre».
De cette deuxième vague de structuration vont émerger de nouvelles sociétés de province, même si à l’époque, rien ne justifie la création et la persistance de toutes ces associations de prévoyance et de secours mutuels, compte tenu de la modicité des ressources financières mobilisables.
Vont émerger également deux organismes nationaux par fusion de certaines sociétés locales : le Grand Conseil en 1879, sous influence provinciale et la future ACV, en 1889, sous influence parisienne.

1.2 La création de l’ACV, une gestation difficile et des débuts confus : 1850-1892

1.2.1 Entre 1845 et 1889 : l’ACV, un projet en gestation

C’est donc dans ce contexte de structuration de la profession, et par cette envie des vétérinaires de ne parler que d’une seule voix, que la future ACV est en train de naître. Elle représentera le succès des parisiens, et leur volonté de faire émerger une instance nationale sous leur contrôle. Le contentieux avec la province ne sera pas soldé et nous assisterons à l’émergence de deux instances nationales : le Grand Conseil, sous contrôle provincial et l’ACV, sous contrôle parisien.

1.2.1.1 Un projet difficile à concrétiser entre conflits d’intérêt et lutte d’influence

Vers 1850, c’est précisément Urbain Leblanc (Photo 1), « praticien éminent et altruiste » qui prône le premier, la création, avec le concours du corps enseignant de l’école d’Alfort et des vétérinaires parisiens, d’une société de prévoyance, noyau futur d’une association générale.
Leblanc fonde plusieurs journaux dont La clinique vétérinaire en 1843, journal de médecine et de chirurgie comparées. Il veut que ce journal serve également de correspondance entre les vétérinaires praticiens. « La clinique devra faire des efforts pour préparer une association générale de prévoyance et de secours mutuels ».
C’est la première évocation de la future ACV mais le projet est prématuré et ne reçoit nul écho.
En 1857, Jean Lafosse, professeur à Toulouse, propose la création d’une Société de secours mutuel des vétérinaires français.
Le premier réseau fédératif au niveau régional est ainsi formé. Il regroupe avec succès, un an après sa création, cinquante membres de l’Ouest et du Sud-Ouest. Mais Henry Bouley, parisien, n’y est pas favorable et se déclare hostile au principe d’association. Il juge une telle société «inutile et inapplicable». L’initiative a en effet échappé aux Alforiens, qui ne veulent pas être des suiveurs.
Mais Bouley jouit des faveurs de l’Empire. Il permet ainsi aux Parisiens de reprendre l’avantage et cette initiative à leur compte. En effet, en 1862, sous l’effet de cette concurrence provinciale, la Société impériale et centrale de médecine vétérinaire (ancêtre de l’académie vétérinaire), saisie par Eugène Renaud, en accord avec Urbain Leblanc et Henri Bouley, décide la création d’une société générale de prévoyance et de secours mutuels entre tous les vétérinaires de France.
Officiellement, cet acte fondateur résulte de la demande pressante à Eugène Renaud, inspecteur général des écoles vétérinaires, des vétérinaires de Haute Normandie, en conflit avec les pharmaciens de Rouen à propos de la préparation et de la vente de médicaments destinés aux animaux. En réalité, il s’agit d’une opportunité de ressusciter l’ancien projet d’Urbain Leblanc, soucieux d’unir les praticiens parisiens et le corps enseignant d’Alfort dans une association locale, futur noyau d’une association générale qui serait sous le contrôle parisien.
La proposition de Renaud fut adoptée au cours de la séance du 10 juillet 1862 et une commission désignée pour jeter les bases de la future association. Le 11 septembre 1862, les statuts de la future association sont présentés aux vétérinaires de la Seine et 57 d’entre eux votent à l’unanimité la création d’une « Association de prévoyance et de secours mutuels des vétérinaires de la Seine».
Le gouvernement impérial, ne voyant pas d’un bon œil les regroupements, n’accorde son approbation qu’en 1865, la première assemblée générale a donc lieu le 27 avril de cette année. Les provinciaux ne se voient attribuer que peu de place car y siègent déjà, deux Bouley, Leblanc père, Benjamin, Barthélémy, Renault, Lecoq. Le rôle essentiel de l’association est de susciter la fondation d’associations locales de prévoyance et de secours mutuels dans chaque département. Les vétérinaires ne pouvant pas s’associer dans leurs régions peuvent s’unir à l’association centrale siégeant à Paris. Urbain Leblanc se déplace dans les sociétés de province pour y apporter son aide. Les Parisiens jouent le rôle de mentors. Mais malgré cela, en 1870, l’association parisienne végète.
Lecoq, Leblanc, Bouley et Benjamin sont les présidents successifs de cette association. Mais en 1876, à son accession à la présidence, Benjamin prend conscience de la nécessité de la réformer.
En 1878, la tenue de l’exposition universelle redonne une chance à l’association. En effet, un congrès invitant tous les confrères est organisé afin d’examiner les questions relatives à la profession dont la question des associations. Cette proposition émane de Paris mais la province n’y est pas hostile sauf la Société de médecine vétérinaire de Lyon et du Sud-est, présidée par le « célèbre » Quivogne. Parmi les résolutions adoptées figure celle de former dans chaque région des associations de prévoyance et de secours et que toutes ces sociétés se mettent en rapport par des délégués qui fixeront le chiffre d’une cotisation annuelle, modérée et uniforme pour toute la France. La première à donner l’exemple est la société de prévoyance et de secours mutuels de la Seine. Elle regroupe les départements limitrophes de Seine-et- Marne, Seine-et-Oise, Oise, Eure-et-Loir et Loiret, sous le contrôle parisien.
Pour compliquer encore la situation, deux réalités s’affrontent. Le quotidien des praticiens de la France profonde, « des vrais hommes de terrain », aux revenus médiocres ayant des revendications mais des difficultés à se faire entendre, s’oppose à l’élite parisienne, inscrite dans divers réseaux scientifiques et mondains, comme Bouley par exemple, se croyant habilité à parler au nom de la profession.
C’est dans ce climat de concurrence entre Paris et la Province que la future ACV émergera.

1.2.1.2 La concurrence du Grand Conseil

L’ACV va naître de cette lutte pour prendre les rênes de la profession, entre les provinciaux qui tiennent le Grand Conseil, et les parisiens.
En effet, en 1879, sur les bases d’un projet de Quivogne, le lyonnais, les statuts du Grand Conseil des vétérinaires sont établis par les délégués des associations. Toute société, tout en conservant son autonomie, s’engage :
- à envoyer un délégué ou à se faire représenter par un délégué à chaque réunion du grand conseil,
- à payer la cotisation fixée par ce dernier,
- à se soumettre aux décisions prises dans ses sessions tant que ces décisions concernent les intérêts généraux de la profession.
Cette structure n’a pas de siège fixe. Il s’agit d’un système d’assise tournante, manière d’empêcher l’instauration d’un comité de direction à Paris. Le Grand Conseil est sous le contrôle des provinciaux, notamment Quivogne. C’est leur première victoire sur les Parisiens. En effet, d’après ce dernier, les membres du comité, « représentant diverses régions de France, ne connaîtraient-ils pas mieux les aspirations et les besoins de notre corps professionnel que la plupart de nos confrères de Paris qui ne connaissent que les Boulevards ».
Le rôle du Grand Conseil est d’étudier les différentes questions d’intérêt professionnel et d’en suivre la réalisation auprès des pouvoirs publics. Force de réflexion, de proposition et d’intervention, il devient le représentant légitime de la profession en tant que mandataire institutionnel d’un corps constitué.
Le Grand Conseil connaît des succès comme le vote de la loi sur la police sanitaire en 1881. Il rencontre aussi des échecs comme la lutte contre les empiriques. Il est, en tout cas, le premier organisme représentatif de la profession, syndicat avant l’ heure, reconnu comme un interlocuteur valable par les autorités. En recueillant les desideratas de chacun, il réinterprète une vision commune et participe à construire une identité vétérinaire. Cependant, toute la profession n’a pas répondu à l’appel de l’unité. Ainsi, 49 sociétés sont affiliées au Grand Conseil en 1888 : un tiers des sociétés n’en font donc pas partie. De plus, près de la moitié des vétérinaires n’adhèrent à aucune société.
D’autre part, des luttes d’influence entre Paris et la province continuent au sein du Grand Conseil et le fragilisent. Ne contrôlant pas le Grand Conseil, les vétérinaires parisiens mènent une bataille pour le neutraliser voire l’éliminer par des critiques et des attaques permanentes. Pour cela, ils disposent de leur propre association, l’Association de prévoyance et de secours de la Seine conjointement avec la Société de médecine vétérinaire pratique de Rossignol.
Ainsi, le 30 décembre 1888, à l’insu du Grand Conseil, ces deux Sociétés adressent une circulaire aux autres sociétés et associations vétérinaires pour les consulter sur l’opportunité d’une Association générale, et le cas échéant, chacune devait désigner deux délégués pour les représenter à Paris.
Pour finir de convaincre son monde, la société locale de secours mutuel de la Seine offre sa trésorerie à la future association soit 13 500 francs. Le Grand Conseil condamne cette initiative. Chaque camp reste sur ses positions et Gaston Percheron, non sans hypocrisie, écrit: « J’ai bien peur que nous attendions longtemps encore avant d’être en possession d’une vaste association confraternelle telle que la comprennent ceux de nous qui ne sont mus que par un intérêt d’ordre philanthropique ».
Entre le Grand Conseil et la société de prévoyance et de secours de la Seine, c’est l’impasse. Chacun se targue d’être unioniste et accuse l’autre de se livrer à un travail fractionnel, d’être séparatiste.
L’explication décisive a lieu en 1889, au Congrès de Marseille. Les vétérinaires parisiens déploient les grands moyens en déléguant Nocard pour défendre leur cause. Ce dernier est en effet directeur de l’école d’Alfort, il est réputé dans les milieux scientifiques comme un grand savant et auréolé d’un grand prestige. Renaud l’accompagne en tant que représentant de la société vétérinaire pratique.
Ils proposent la création d’une association générale uniquement consacrée aux secours, et totalement indépendante du grand conseil qui conserverait entièrement ses attributions pour toutes les autres questions professionnelles. Les vétérinaires parisiens y voient un moyen d’affaiblir l’autorité du Grand Conseil en lui ôtant ses activités de bienfaisance. Mais en vain, car Quivogne mène la résistance et fait échouer cette tentative déguisée de prise de pouvoir.
Les parisiens entrent alors ouvertement en dissidence. Pour cela, ils s’appuient sur trois publications qui sont à leur dévotion: le Recueil de médecine vétérinaire (sous la responsabilité de Bouley puis Nocard), La Semaine vétérinaire (rédacteur en chef, Gaston Percheron) et La Presse vétérinaire (sous la responsabilité de Rossignol père). Ainsi, les Parisiens créent l’association générale des vétérinaires de France et appellent les sociétés de province favorables au projet d’unification, à une réunion constitutive d’association générale le 27 février 1889.
Le 9 mai 1889, la société de prévoyance de la Seine et des départements limitrophes renonce à exister comme société locale et adopte les statuts de l’association générale dont elle contribue à former le premier noyau par l’apport de son capital et l’adhésion de ses membres. Les statuts sont publiés dans le Recueil de médecine vétérinaire, le 1er juin 1889.
L’ACV est née.
Le 21 juin, l’autorisation officielle est accordée, le 4 septembre, la première assemblée générale se tient pendant le congrès vétérinaire international et élit son conseil d’administration.
Le conseil d’administration est composé de quinze membres et verrouillé par les membres des deux sociétés parisiennes mais les statuts prévoient que les associations locales peuvent s’agréger à l’association générale en conservant leur autonomie et leur parfaite indépendance. Camille Leblanc est élu président, Hippolyte Rossignol, secrétaire général et Capon, trésorier.
En 1889, l’ACV est donc née d’un tour de force des parisiens sur le Lyonnais Quivogne. Son rôle initial dépasse le cadre d’une société de secours et de prévoyance. Il est équivalent à celui du Grand Conseil et vise autant à l’affaiblir qu’à le court-circuiter, notamment sur ses activités de bienfaisance.
Selon les premiers statuts constitutifs du 27 février 1889, comme il est écrit à l’article 2, le but unique de l’ACV est de « secourir les sociétaires malheureux, leurs veuves, leurs enfants et leurs ascendants ». Il est néanmoins déjà prévu à l’article 25, qu’une « Caisse de retraite des Vétérinaires de France sera constituée aussitôt que les circonstances le permettront». Cela montre bien l’intention des fondateurs de donner à l’Association un rôle national qui dépasse les activités de bienfaisance malgré les apparences.
De plus, la volonté de créer une association « centrale », c'est-à-dire nationale, est clairement affiché à l’article 4 : « Les Associations locales déjà créées ou qui pourraient se fonder par la suite, peuvent s’agréger à l’Association générale ; elles conservent leur autonomie et leur complète indépendance ». Les fondateurs de l’association voulaient donc pour l’ACV, le rôle d’une instance nationale, et la légitimité de parler au nom de la profession.
Au cours de l’assemblée générale du 28 octobre 1891, le nom d’Association Centrale des Vétérinaires est adopté ainsi qu’une modification des statuts en vue d’obtenir la reconnaissance d’utilité publique. Le mot « centrale » confirme la volonté des parisiens de regrouper autour d’eux, les associations de province.

1.2.2 La reconnaissance d’utilité publique : 1892

La reconnaissance d’utilité publique est accordée par décret le 2 avril 1892. Elle donne à l’association les perspectives d’un avenir prometteur. En effet, nombre de sociétés de province avaient végété, impuissantes, faute de ressources à remplir leur mission de bienfaisance.
L’ACV étant reconnue d’utilité publique, elle bénéficie d’un régime fiscal particulier. En conséquence, elle a désormais la possibilité de recevoir des legs et dons, exonérés de droits de mutation. Elle est la seule association vétérinaire à disposer de cette reconnaissance, ce qui constitue pour elle un véritable atout.

1.3 Le positionnement de l’ACV dans le paysage professionnel : 1892-1914

1.3.1 La disparition du Grand Conseil et la création de la Fédération

Sous l’influence parisienne, l’Association centrale se développe alors que dans le même temps, le Grand Conseil s’étiole, avec la disparition de Quivogne en 1895.
En effet, de moins en moins d’associations sont représentées au Grand Conseil et la présidence est confiée au directeur de l’école d’Alfort, Trasbot, ce qui équivaut à une mise sous tutelle parisienne. Ses réunions sont de moins en moins suivies.
Il faut dire que le Grand Conseil menait une action jugée trop ponctuelle et dispersée. Il manquait de moyens financiers, il était source de tensions et de concurrence et sa structure même était devenue obsolète.
En plus, depuis quelques années, s’attachant à la défense des intérêts corporatifs, des syndicats vétérinaires étaient venus s’ajouter aux associations existantes. Il fallait leur faire une juste place dans les champs institutionnels et il fallait donc réformer le Grand Conseil.
Le Grand Conseil est ainsi remplacé en 1902 par la Fédération des associations et syndicats vétérinaires de France.
Le Grand Conseil demanda pourtant le droit de pouvoir bénéficier des avantages d’un syndicat mais la loi Waldeck-Rousseau de 1884 sur les associations professionnelles était inapplicable aux professions libérales et les vétérinaires n’avaient pas le droit de se constituer en syndicat.
Le nouvel organisme doit donc changer de raison sociale en 1902 et devient donc la Fédération des sociétés et des associations vétérinaires de France. Il correspond à une réelle attente professionnelle et connaît rapidement le succès.
La Fédération donne une image plus unitaire que le Grand Conseil, provinciaux et parisiens s’y retrouvent, les dissensions s’apaisent.
En 1913, 69 associations regroupant 2 500 vétérinaires ont adhéré, ainsi que 60 membres du corps enseignant et 522 vétérinaires militaires. « C’est donc au nom de plus de 3 000 vétérinaires que parlent les membres du bureau ».
Juste avant la grande guerre, les vétérinaires ont donc réussi à se doter d’une structure institutionnelle, forte et dynamique, représentative de la profession, et qualifiée pour parler en son nom : la Fédération des sociétés et des associations vétérinaires de France. Le milieu professionnel vétérinaire a changé, il s’est organisé pour répondre aux menaces et pour se protéger.
Reste donc une mission de taille pour l’ACV, trouver désormais sa place à côté d’une institution qui rencontre un vif succès en répondant aux attentes des confrères.

1.3.2 Différentes orientations possibles pour l’ACV

Ces 20 premières années de l’association représentent la période décisive où l’ACV va devoir choisir ce qu’elle veut devenir et l’orientation qu’elle veut donner à son action. Elle devra se positionner dans la profession, d’abord vis-à-vis du Grand Conseil puis vis-à-vis de la Fédération.
Les premiers statuts constitutifs du 27 février 1889 limitent son rôle à une caisse de bienfaisance, comme il est écrit à l’article 2 : « cette Association a pour but unique de secourir les sociétaires malheureux, leurs veuves, leurs enfants et leurs ascendants ». Mais il a été mentionné la possibilité de créer une caisse de retraite et les fondateurs avaient affiché la volonté d’être une instance nationale, pesant sur la profession. A l’ACV, c’est donc l’heure des choix et des décisions. Il est décidé de commencer par augmenter l’audience.

1.3.2.1 Une des premières préoccupations : augmenter l’audience

Le premier président de l’ACV est Camille Leblanc. Diplômé d’Alfort en 1848, excellent praticien équin et fils d’Urbain Leblanc, il poursuit la plupart des combats de son père. Il s’est impliqué dans la création de cette association voulue par son père et en prend la présidence jusqu’en 1903.
Puis se succèdent à la présidence de grands noms parisiens : Edmond Nocard, professeur à Alfort, jusqu’au 2 août 1903, puis Saint-Yves Ménard, membre de l’Académie de Médecine, Directeur de l’Institut de Vaccine animale jusqu’en 1909. Hippolyte Rossignol est secrétaire général de 1889 à 1914.
Pendant la période 1904-1909, les principales préoccupations du conseil d’administration et de l’assemblée générale sont de gérer l’imbroglio du legs Louis Auberger, le premier de grande importance, et d’amener de nouveaux adhérents ainsi que de nouveaux dons pour augmenter le fonds de réserve.
D’ailleurs, l’audience de l’association générale s’affirme : 264 adhérents en 1894, plus de 1000 en 1903 avec un capital qui s’élevait à près de 100 000 francs. Cette recherche tous azimuts de nouveaux membres se fait par l’envoi de brochures et par l’appel aux autres associations. Toutefois elle n’exclut pas la prudence et il est craint des adhésions in extremis (de moribonds est-il même écrit...). Ceci fait admettre au conseil en 1904 la proposition suivante du président et du secrétaire général : « on pourrait stipuler que tout membre adhérent à l’association ne pourra avoir droit aux secours pour lui et les siens qu’un an après son adhésion ». Cette proposition est retenue au conseil du 8 juin 1904, et en plus, le parrainage doit servir de protection.
Pour Hippolyte Rossignol à l’assemblée générale du 26 mars 1905, au-delà de la bienfaisance, le plus clair résultat de l’ACV, « sera de constituer, avec tous les éléments vétérinaires, un groupe compact et uni auquel on finira certainement par accorder les légitimes satisfactions auxquelles il a tant de droits».
Cependant, en 1909, Hippolyte Rossignol s’inquiète en constatant la baisse pour la première fois du nombre d’adhésions nouvelles : 34 au lieu de 112 l’année précédente. Porcher, à Lyon en 1906, avait déjà exprimé cette crainte et encourageait les vétérinaires à rejoindre l’ACV «si l’avenir au contraire a quelques points noirs, raison de plus pour réserver annuellement dix francs que vous ou les vôtres, trouvera, pour ainsi dire, au centuple s’il en est un jour malheureusement besoin ».

1.3.2.2 Une mutuelle de retraite, une maison de retraite : deux orientations possibles ?

Les premières voix dissonantes sur le rôle futur de l’ACV se font entendre en 1905. Ainsi Pacques invoque que la misère est souvent pudique et qu’il faudrait trouver un système permettant d’apporter un secours à chaque sociétaire décédé, qui serait accepté, refusé ou continué. Et après chaque décès, il faudrait reconstituer la caisse par le versement d’une nouvelle cotisation.
Hippolyte Rossignol juge que cette proposition n’est pour l’instant pas possible. Et rendant compte du conseil du 11 octobre 1905, il écrit que certains jugent déjà la cotisation de 10 francs trop élevée (équivalente à 34 € selon le tableau de conversion en annexe 2, qui prend en compte le taux de change et l’érosion monétaire). Cependant, il ne ferme pas la porte et écrit « que plus tard lorsque les idées de mutualité seront profondément ancrées dans tous les esprits une mutuelle vétérinaire française de retraite pourra être fondée sous les auspices de notre association centrale mais le moment n’est pas encore venu où une semblable entreprise peut être tentée avec succès».
Rossignol n’exclut donc pas cette première piste d’une mutuelle de retraite, mais il estime que le temps n’est pas encore venu. Cette idée revient d’ailleurs sur le devant de la scène deux ans plus tard avec l’affaire Pecus. En effet, au conseil d’administration du 21 mars 1907, il est fait état d’une lettre de Pecus, vétérinaire en 1er au 14e dragon de Saumur, évoquant la création d’une « association amicale des vétérinaires militaires » visant à acquérir des droits certains pour les veuves. Afin d’éviter les risques de scission avec l’ACV, ce Pecus propose la création d’une association mutuelle (société de secours mutuels) pour éviter que l’aide n’aille qu’aux seuls sociétaires déshérités.
Saint-Yves Ménard et Hippolyte Rossignol expriment leur crainte que cette initiative n’entraîne des défections pour l’ACV, car elle s’adresserait aussi aux vétérinaires de réserve et de la territoriale. Ainsi beaucoup de membres pourraient devenir éligibles aux aides et il faudrait inexorablement augmenter la cotisation, cotisation que les membres s’attachent depuis la création à garder raisonnable. Ainsi, il est écrit dans le procès verbal de l’assemblée générale du 26 mars 1907: « La bourse du vétérinaire civil n’est pas inépuisable, tant s’en faut. Sollicité de toute part ce vétérinaire se trouve parfois obligé de faire partie de nombreuses sociétés locales ou professionnelles et, fatalement, si le fardeau devient trop lourd pour son modeste budget il se verra obligé de se retirer de quelques-unes de ces sociétés».
En mai 1907, une nouvelle lettre, ouverte cette fois, de Pecus répète la demande de mutualisation en argumentant la nécessité de secourir les détresses ignorées plutôt que de favoriser l’augmentation du fonds de réserve.
Au conseil d’administration de juillet 1907, Hippolyte Rossignol fait un plaidoyer agacé contre cette idée de mutuelle. Il renvoie à la procédure de modifications des statuts suivant les voies réglementaires (demande de 25 membres, etc.) et il obtient le statu quo rappelant en note que les statuts primitifs indiquaient qu’« une caisse de retraite des vétérinaires de France sera constituée aussitôt que les circonstances le permettront Cette caisse sera alimentée par les dons et legs faits à l’association et par le produit des droits d’entrée ». Rossignol estime là encore, que le temps n’est pas encore venu.
Entre 1910 et 1917, l’ACV est présidée par Edmond Lavalard, 71 ans, qui a succédé à Saint- Yves- Ménard, avec pour secrétaire général toujours Hippolyte Rossignol, 73 ans, puis Henri Vallée en 1914. Le trésorier est Paul Dechambre.
C’est alors que se pose de plus en plus la question de l’orientation: faut-il rester une association ou devenir une mutuelle ?
En 1912, en tête du bulletin de l’ACV, figure un appel de Léon Mallet, secrétaire général de la fédération des associations vétérinaires, à la participation à la première assemblée générale de la caisse de prévoyance des vétérinaires français qui se tiendra le 27 janvier 1912 pour en adopter les statuts.
Le 22 février 1913, il est fait état de la demande de la société vétérinaire de l’Allier (Bitard) de la constitution d’une mutuelle vétérinaire par la fédération, de la création par l’ACV d’une maison de retraite.
Lavalard et Rossignol s’y opposent, car ils estiment que la forme mutuelle n’est pas applicable à l’ACV et qu’elle est trop risquée. En particulier, les dons seraient détournés de leur but de bienfaisance stricte pour être distribués à tous.
En ce qui concerne la maison de retraite, ils estiment que l’association n’a pas les moyens nécessaires et Hippolyte Rossignol conclut : «Que la fédération prenne l’initiative de cette mutuelle vétérinaire, comme on le lui demande, que les promoteurs de cette nouvelle tontine agissent directement auprès de confrères, et les décident à verser annuellement 60, 80, 100 francs et plus pour s’assurer un capital comme retraite, nous n’y contredirons pas, nous qui avons tant de peine à obtenir, de ceux mêmes qui courent le plus de risques d’avoir besoin d’être secourus, les dix modestes francs de notre cotisation».
L’idée de la mutuelle de retraite est donc définitivement écartée par Hippolyte Rossignol. En ce qui concerne la possibilité d’une maison de retraite sous tutelle de l’ACV, l’idée reviendra dans les années suivantes de façon récurrente.

1.3.2.3 Capitaliser ou plus redistribuer ?

Des interrogations existent aussi sur le but affirmé de la capitalisation, faisant une priorité de l’augmentation du fonds de réserve au détriment d’un peu de largesse dans l’attribution des secours. C’est ce que Pecus a reproché.
Mais en bon gestionnaire, il faut savoir assurer l’avenir d’autant plus que la loi 1901 impose aux associations reconnues d’utilité publique de placer, sans risque, les legs et de ne redistribuer que les produits financiers issus de ces legs pour plus de sécurité. L’avenir démontrera que les bonnes décisions ont été prises à l’époque. En effet, la bonne gestion du fond de réserve a garanti la pérennité financière de l’ACV.

1.3.2.4 Le choix de rester une œuvre de bienfaisance

A cette époque, apparaissent également d’autres types de demande de la part des membres de l’ACV :
- des prêts d’honneur,
- une intervention dans les conflits entre vétérinaires et pharmaciens,
- des publications dans le bulletin des annonces de clientèles libres.
Cette demande sera d’ailleurs suivie de succès puisqu’une page d’annonces de clientèles à vendre, figurera plus tard dans chaque bulletin de l’ACV. Juste avant la grande guerre, le rôle de l’ACV est donc délimité. L’idée de la mutuelle de retraite a été définitivement écartée et l’ACV fait donc le choix définitif de rester une association de bienfaisance. Il est à regretter que, dans cette période 1900-1914, l’ACV a été davantage spectatrice qu’actrice. Le rôle « central » souhaité par ses créateurs parisiens de représentation de la profession n’a pas pu se développer lui laissant par contre le soin de réaliser son but unique initial celui figurant dans les statuts constitutifs de l’association générale des vétérinaires de France en son article 2 : « Cette association a pour but unique : de secourir les sociétaires malheureux leurs veuves leurs enfants et leurs ascendants ».

1.4 Les années fastes de l’ACV : 1920-1940

1.4.1 Dans la profession, c’est le temps du syndicalisme et de la création de l’Ordre

Pendant la première guerre mondiale, la Fédération a sommeillé et, en 1920, se pose la question de sa transformation éventuelle en Syndicat.
En effet, depuis le 15 mars 1920, la loi autorise toutes les professions libérales à se syndiquer. Au congrès de Paris de 1920, c’est la naissance du syndicat national qui prend le nom de Syndicat national des vétérinaires de France et des colonies. C’est un vif succès et en 1924, 82% des vétérinaires y sont regroupés. La raison de ce succès est la satisfaction obtenue par la création du doctorat vétérinaire, point de revendication essentielle, sans parler de la loi de 1938 sur l’obtention du monopole de la médecine vétérinaire. Dans les premières années de l’existence du syndicat, d’autres organismes destinés à renforcer la solidarité professionnelle, voient le jour, par exemple, la « Prévoyance des vétérinaires », structure de soutien juridique de la profession concernant les confrères poursuivis en responsabilité civile.
Un autre exemple est celui de « l’Office syndical de protection et de crédit professionnel aux pupilles du Syndicat », accordant des prêts d’installation, centralisant les demandes et les offres d’emplois. Une caisse de secours mutuels est transformée en caisse de retraite. De même, les assurances professionnelles se développent avec deux exemples en 1925 « l’assurance médicale et pharmaceutique » et « le secours ». Beaucoup de vétérinaires s’assurent individuellement : il faut compter à l’époque 5 francs par box pour un cheval qui vaut 6 000 francs.
Le syndicat entretient d’excellents rapports avec les pouvoirs publics. Il agit comme un groupe de pression pour tenter d’arrêter ou de détourner des réformes jugées nuisibles à la profession. L’action du syndicat entre les deux guerres a fait accomplir de nets progrès à la cohésion de la famille vétérinaire.
D’ailleurs, selon le dernier président du Syndicat national des vétérinaires de France et des colonies, « c’est au syndicat que la profession doit son unification morale, le syndicat lui a donné, lui a forgé une âme collective ».
L’Ordre est créé en 1942, ce qui met les vétérinaires en parité avec les autres professions libérales. Il comprend alors deux structures distinctes. La première est une instance professionnelle, le Conseil supérieur chargé de la discipline et des règlements internes à la profession. La deuxième est un organisme juridique institué au niveau national et régional, qui veille à la moralité et à l’honneur de ses membres.
Le Conseil supérieur crée le code de déontologie et renforce le sentiment d’appartenance à la profession. Il définit les règles régissant les rapports entre les confrères et avec la clientèle, il instaure un tarif des honoraires et précise les obligations des vétérinaires dans la vie publique et privée. L’inscription à l’ordre deviendra par la suite obligatoire pour exercer.
Ces deux organismes, l’Ordre et le Syndicat, regroupent très vite un grand nombre de vétérinaires et leur offrent la protection et la reconnaissance tant attendues. Les autres organismes de solidarité professionnelle (prévoyance vétérinaire, office syndical de protection et de crédit professionnel aux pupilles du Syndicat etc..), proposent désormais aux vétérinaires « les services » qu’apportaient certaines associations. De même, de multiples assurances professionnelles viennent concurrencer ces dernières. Celles-ci doivent donc évoluer, changer de rôle et de statuts. C’est le cas par exemple de la Confraternelle, association qui proposait de partager à plusieurs les responsabilités de chacun. Avec l’apparition des assurances, elle n’a plus de raison d’être et va alors changer complètement de rôle et de statuts à partir de 1935.
Durant cette période de construction de l’identité professionnelle des vétérinaires et de leur reconnaissance institutionnelle et sociale, l’ACV est restée spectatrice au lieu de jouer un rôle de chef d’orchestre que souhaitaient les créateurs, peut-être en hésitant trop longtemps sur l’orientation qu’elle voulait donner à son action.
Durieux explique très bien cette tendance à rester en retrait : « afin de préserver l’association de tout ce qui la divise, et partant affaiblit, ses administrateurs ont toujours eu à cœur de la maintenir au dessus de la mêlée, loin des conflits de doctrine ou d’opinion, hors de toutes préoccupations scientifiques ou syndicales ».
Mais à force de se tenir à l’écart ou d’être tenue à l’écart et renvoyée à sa mission statutaire, quelles qu’en soient les raisons, l’ACV s’est marginalisée alors qu’elle aurait pu prendre un rôle central dans la profession. Ceci conduira, après 20 ans d’euphorie entre 1920 et 1940, au déclin inexorable de l’ACV après la deuxième guerre mondiale.

1.4.2 Les plus belles années de l’ACV

En 1920, Paul Dechambre, 52 ans, professeur de zootechnie à Alfort et Grignon, succède à la présidence d’Hippolyte Rossignol (25 ans trésorier de l’association, 2 ans président). Paul Dechambre restera président 15 ans et portera l’association à son apogée. Le trésorier est Paul Rossignol, fils d’Hippolyte, qui poursuit lui aussi le combat de son père. Henri Vallée est secrétaire général.

1.4.2.1 Plus d’adhérents et plus de moyens

Le rôle de l’ACV étant désormais bien délimité, à savoir secourir ses membres déshérités de la profession, l’association va vivre sa plus brillante époque entre 1920 et 1940. Les adhésions sont très nombreuses, ce qui accroît considérablement les moyens financiers de l’ACV et lui permet de redistribuer plus de secours, à ceux qui en ont besoin.
En 1934, 85% des vétérinaires sont adhérents à l’ACV et dans son discours, Richard affiche clairement son objectif : atteindre l’unanimité. Ce but est presque réalisé en 1937 où l’ACV atteint son chiffre maximal de membres, à savoir 3 495 membres, soit la quasi-totalité de la profession.
Ce succès n’est pas venu seul. Ainsi, il fut le fruit d’une inlassable activité de publicité: « C’est alors que se doivent d’intervenir dans chacune de nos réunions professionnelles ces zélés propagandistes que sont nos correspondants locaux, nos collègues directeurs des services sanitaires, les bureaux de nos sections syndicales... ».
Cette activité propagandiste a donc porté ses fruits et le 5 janvier 1929, rappelant les débuts difficiles de l’ACV, Dechambre dit s’agissant des fondateurs « Peu nombreux d’abord et même combattus… les premiers membres attirèrent chaque jour un nombre croissant d’adhérents nouveaux. Chose à signaler, ce furent ceux qui, n’ayant de toute évidence aucunement besoin de l’association, la fondèrent ou y vinrent les premiers. Aussi disait-on malicieusement que l’association centrale était une assurance contre la misère qui ne comptait que des gens riches. Puis les premiers secours distribués firent taire cette plaisanterie facile… ». Accompagnant ces adhésions massives, les dons sont nombreux et conséquents, ce qui permet à Paul Dechambre lors de l’assemblée générale du 20 janvier 1934 de déclarer, à propos de journées vétérinaires: «les élèves ont été frappés de la façon facile dont s’ouvrent les portefeuilles au seul énoncé du nom de l’association centrale ».
Ces dons émanent de vétérinaires praticiens, de l’administration, de l’armée, des professeurs, des membres du conseil d’administration, des élèves d’Alfort lors des repas de promotion, du syndicat national, de sociétés de produits vétérinaires... Ils permettent l’augmentation significative du fonds de réserve et des recettes de l’Association.
A titre anecdotique, de 1921 à 1925, la Confraternelle, association parisienne plutôt mondaine, collecte des fonds, à la fin de chacun de ses dîners, et remet cette somme à l’ACV. Ses membres appellent cette pratique, « les miettes du festin » ou encore « les miettes confraternelles ». De plus, en fin de repas, une boîte de cigare circule dans l’assemblée, pour que tous partagent ensemble le plaisir de fumer. Cette pratique offre un nouveau prétexte à des dons généreux en direction de l’ACV. Ainsi, les cigares rescapés de la soirée sont mis aux enchères et les fonds sont également reversés à l’ACV.
L’encaissement des cotisations est bien sûr un apport financier important, d’autant plus qu’il est possible désormais de passer par le syndicat. En effet, en envoyant à ses membres son appel à cotisation, le syndicat donne aux vétérinaires, la possibilité de régler en même temps la cotisation à d’autres associations comme l’ACV. La somme est ensuite reversée à l’ACV et permet de toucher un public plus large.
En 1930, l’annuaire Roy, aide en quelque sorte, lui aussi l’ACV dans son but d’augmenter son nombre d’adhérents. En donnant l’appartenance de chaque vétérinaire aux grandes formations professionnelles ainsi que leurs coordonnées, il permet à l’ACV de rechercher de nouvelles adhésions.
Malgré tout, en 1931, H. Vallée, secrétaire général, s’inquiète du fait que les jeunes diplômés n’adhèrent pas plus. Le 10 janvier 1931, il écrit dans son rapport moral : « Pourquoi notre jeunesse, toujours si vibrante si compatissante aux misères d’autrui, est-elle si lente à nous venir ? C’est qu’elle ne passe pas directement des mains de ces maîtres qui s’emploient si généreusement en notre faveur - et auxquels nous adressons un reconnaissant hommage - au foyer professionnel qu’ils choisissent. Plus tard disent-ils, au sortir de l’école, dès ma clientèle fixée, je vous appartiendrai. L’oubli vient avec les préoccupations et les occasions se raréfient de conquérir le jeune confrère».
Durant la période allant de 1936 à 1939, Paul Rossignol est président, Vivien lui succèdera et restera jusqu’en 1954. Albert Richart (Directeur des Services Vétérinaires de Seine-Inférieure de 1910 à 1948) est secrétaire général, M. Augustin, trésorier et C. Bressou entre au conseil le 3 mars 1936.
Le souhait d’adhésions nombreuses reste une priorité, bien qu’à l’époque l’ACV comporte 3 500 membres dont 2 620 cotisants. Richart constate que seulement 10 départements (les Alpes-de-Haute-Provence, les côtes-d’Armor, le Finistère, l’Ille-et-Vilaine, l’Indre-et-Loire, la Loire, le Maine-et-Loire, la Mayenne, la Savoie, la Seine-Maritime, le Tarn) comptent autant d’adhérents que de vétérinaires et il adresse à tous les correspondants et aux directeurs des services vétérinaires une lettre, en joignant la revue et les statuts, pour leur demander d’« utiliser leur persuasive autorité » pour obtenir des adhésions supplémentaires. De plus, tous les vétérinaires de France métropolitaine et des colonies sont destinataires des documents faisant référence aux manifestations organisées autour du don de V. Even. La recherche de nouveaux membres, malgré cette période faste, se poursuit en effet intensément car ces nouvelles adhésions sont avec les placements financiers, la seule ressource de l’association. Les souscripteurs perpétuels étaient alors encouragés car leur cotisation était reversée au fonds de réserve, producteur des produits financiers.

1.4.2.2 Le don du domaine de la Massaye et le rêve de la maison de retraite

Le 11 avril 1932, arrive un évènement qui, tout en couronnant cette période faste, va complètement changer l’histoire de l’ACV : Victor Even (Photo 4), administrateur de l’ACV, fait part au conseil de son souhait de donner son domaine de la Massaye à l’association. L’ampleur de la donation suscite un immense enthousiasme notamment par les perspectives qu’elle ouvre, au sujet d’une maison de retraite gérée par l’association (Photo 5 et Photo 6). Le 20 avril 1932, le conseil d’administration de l’ACV accepte à l’unanimité la donation, considérant :
- que les statuts de l’association autorisent pleinement l’acceptation d’un tel don qui répond au but même de ce groupement;
- que cette donation ne comporte aucune restriction ni réserve d’utilisation;
- que l’association demeurera entièrement libre de disposer de ce domaine dans les conditions prévues par l’article premier de ses statuts.
Elle décide de désigner le domaine sous l’appellation « foyer vétérinaire V. Even ». L’acte de donation est fait le 14 septembre 1932, en l’étude de Maître Dieras, notaire à Guichen, par Jean Baptiste Victor Even et son épouse Juliette Marguerite Girard. L’ACV était représentée par le professeur Henri Vallée, secrétaire général et par le Dr vétérinaire Paul Rossignol, trésorier. L’acte fut passé en présence du vétérinaire colonel Jules Jacoulet et de Gustave Barrier, inspecteur général des écoles vétérinaires.
Après avis du conseil d’Etat (décret du 22 novembre 1933) l’autorisant à accepter la donation, le conseil d’administration du 10 novembre 1934 confirme l’acceptation et l’ACV prend possession du domaine par acte notarié du 4 juin 1935.
Ce don va profondément marquer l’ACV car à partir de 1935, le domaine de la Massaye sera à l’ordre du jour de chaque conseil et en sera même le point central en dehors des points classiques sur les dons et legs, les secours et les mouvements au sein de l’association. Ce don est aussi à l’origine du rêve qui plane toujours sur l’ACV, celui de créer une maison de retraite et de donner ainsi à l’association un but nouveau.
Le 16 juin 1935 un contrat de gérance est donné à Victor Even par l’ACV : « Le conseil vous a désigné comme administrateur gérant du domaine de la Massaye dont vous avez bien voulu faire don pour y établir une maison de convalescence pour malades et de repos pour vieillards. Les membres comptent sur votre concours pour maintenir en parfait état ce domaine et donner votre avis sur la transformation des locaux et leur adaptation à leur nouvelle destination. Vous percevrez les revenus de toute nature et les emploierez à toute amélioration jugée convenable au but en vue ».
Le même jour le conseil examine plans et devis, admet le plan d’ensemble et autorise le gérant à les faire exécuter dans les conditions du contrat de gérance. En 1936, V. Even commence des travaux à la Massaye par l’élévation d’un étage d’un bâtiment de la cour de l’orangerie et fait aménager dix chambres ainsi qu’une cuisine et une salle à manger.
Le 3 mars 1936, prenant connaissance de la correspondance échangée entre Paul Rossignol et Victor Even au sujet des travaux en cours à la Massaye, Augustin, trésorier, fait part de son émotion devant le montant des travaux engagés. Il pense que le coût de ces travaux risque d’obérer gravement les ressources de l’association, alors que les demandes de secours se font plus nombreuses et plus pressantes et que les revenus du domaine risquent de fléchir par l’effet de nouvelles dispositions législatives.
Le conseil d’administration estime « qu’il y a lieu de régler les dépenses engagées dans la limite des revenus perçus au domaine conformément au contrat de gérance approuvé par le conseil le 16 juin 1936 ».
Le 22 mai, V. Even est fatigué. Il a 83 ans et demande que soit nommé un administrateur gérant. Il pressent Emile Bohuon, vétérinaire à Combourg, maire et conseiller général. Il indique qu’il va envoyer un état des frais engagés mais qu’il prendra une partie des travaux à sa charge. Malheureusement, son état de santé ne lui permet pas de faire cet envoi et il meurt le 15 octobre 1936. Après son décès, des points litigieux apparaissent.
En 1937, l’enthousiasme qui avait accompagné, bien légitimement, l’ampleur de cette donation Even, est passé. Cet enthousiasme avait été palpable dans les allocutions prononcées tant à la fête de 1934 qu’aux obsèques de Victor Even. Ainsi, dans son discours de 1934 lors de la fête en l’honneur d’Even, Paul Dechambre, remerciant Victor Even s’exclamait : « l’émotion s’empare de moi et je crains d’être incapable de donner à ma pensée toute la forme désirable ; excusez m’en », ... « Le domaine de la Massaye est un don magnifique ».
Mais en 1937, les administrateurs prennent conscience de l’étendue du problème que pose la gestion de La Massaye. Le souhait d’Even était, par cette donation, de réaliser un vieux rêve de l’ACV, celui de créer une maison de retraite pour les vétérinaires (modification des statuts dès 1914). Il est probable que plus jeune, compte tenu de ses capacités de réalisateur et de ses énormes moyens financiers, Even aurait réussi.
Mais Even était pragmatique et sûrement pas utopiste. Ainsi il s’était probablement rendu compte de la tâche colossale que cela représentait et des moyens financiers qu’il fallait réunir pour ce projet étant donné qu’il s’était gardé de faire figurer cette clause dans l’acte de donation qui ne comporte « aucune restriction ni réserve d’utilisation par l’ACV ».

1.5 Le paradoxe des deux guerres mondiales

1.5.1 La première guerre mondiale

En 1914, avec le début des hostilités, deux tiers des vétérinaires sont mobilisés. L’école d’Alfort est vidée et fermée. Il en est de même pour les écoles de Lyon et Toulouse. Les professeurs, le personnel et les élèves sont presque tous mobilisés et partent au front . A l’ACV, un conseil d’administration se tient le 20 mai 1916. Il est constaté « qu’il est matériellement impossible dans les circonstances actuelles de procéder à des élections régulières » et il est décidé de « proroger jusqu'à l’assemblée générale qui suivra la fin des hostilités les pouvoirs de ses membres constituant le conseil actuel ».
Ces années de guerre sont marquées par les difficultés financières que traverse l’ACV du fait du recouvrement des cotisations qui se fait très mal. En 1916, l’ACV ne reçoit que 165 cotisations sur 1700 adhérents, la plupart des membres étant mobilisés. Le trésorier s’inquiète de savoir s’il pourra continuer à verser des secours s’il n’est pas autorisé à puiser dans les réserves. En effet, le fonds de réserve n’est pas encore assez élevé pour garantir un produit financier conséquent.
Pendant ce temps, à Alfort, l’aide s’organise dès le début de la guerre. La femme du directeur Mme H. Vallée (le directeur d’Alfort, Henri Vallée était d’ailleurs alors aussi secrétaire général de l’ACV), assistée des femmes des professeurs et de toutes les personnes de bonne volonté, installe un ouvroir. Cela permet d’envoyer régulièrement au front, aux combattants mobilisés des produits de première nécessité (savon, bougies, habits et papier à lettre) ainsi que des produits plus festifs (chocolat, confiture, fruits secs, tabac, thé) . Bien qu’anecdotique, cela montre qu’une solidarité se met en place dans la profession de façon indépendante de l’ACV.
En 1917, suite au décès de E. Lavalard, Hippolyte Rossignol est élu président à 80 ans, la situation redevient normale sur le plan financier et la première assemblée générale, depuis 1914, peut se tenir le 27 mars 1920. Elle ne sera pas présidée par H. Rossignol, décédé le 27 novembre 1919.
Au sortir de la guerre, l’ACV a dû faire face à un nombre important de démissions de membres qui lui reprochaient une activité insignifiante pendant les années 1914-1918 ; les responsables se justifieront par le fait que les statuts les empêchaient d’apporter des secours à d’autres que des sociétaires et que dans cette période une organisation franco-belge puis franco-belge et américaine avait été mise en place pour venir en aide à tous les vétérinaires et leurs familles éprouvés par le conflit. Ainsi, d’avril 1915 à la fin de 1921, 92 542 francs ont été apportés aux confrères des régions envahies par ce comité américain-anglo-franco-belge.
De plus, plusieurs membres de l’ACV avaient apporté leur collaboration à ce comité et à sa dissolution, le reliquat des fonds récoltés et non attribués a été donné à l’ACV. Enfin, Richart rappellera dans son discours du 10 novembre1934, à l’occasion de la fête professionnelle donnée en l’honneur de V. Even, que l’œuvre de l’ACV s’est tout de même poursuivie pendant la guerre, bien que jugée insuffisante. Quatre confrères malades ainsi que 154 veuves et enfants ont reçu 109 282 francs de secours du 2 août 1914 à la fin de 1918 malgré un déficit de près de 50% dans le paiement des cotisations.

1.5.2 La seconde guerre mondiale

Devant la situation de guerre, le 21 décembre 1939, le conseil d’administration de l’ACV constatant « qu’il est matériellement impossible dans les circonstances actuelles de procéder à des élections régulières » décide « de proroger jusqu'à l’assemblée générale qui suivra la fin des hostilités les pouvoirs de ses membres constituant le conseil actuel et de proroger aussi le bureau actuellement en fonction Vivien, président, Roussel, vice- président, Richart, secrétaire général, Augustin, trésorier, Edmond Dechambre, secrétaire de séance ».
Les archives de l’ACV de cette période seront perdues dans les années qui ont suivi l’installation du siège social place Léon Blum en raison d’une inondation dans la cave qui servait de local d’archives. Nous manquons donc d’informations sur cette période. En 1939, la situation financière de l’ACV s’aggrave. Il faut dire que les cotisations ne rentrent plus car deux tiers des membres ont été mobilisés. De plus, les frais engagés au domaine de la Massaye ont laissé une « dette Even ».
Alors, en décembre, une nouvelle réduction des allocations est acceptée. Mais l’expérience de la première guerre mondiale a été retenue et le projet d’une caisse de secours vétérinaire de guerre est accepté.
Bien qu’anecdotiques, ces quelques exemples montrent à quel point cette deuxième guerre fut encore plus terrible que la première pour les vétérinaires.
A Alfort, tous les étudiants de plus de 20 ans ainsi que beaucoup d’enseignants sont mobilisés. Les trois écoles voient leurs effectifs fondre. Et contrairement aux étudiants en médecine, les étudiants vétérinaires sont assimilés à des combattants et sont en première ligne.
Les souvenirs d’alfort portant sur la nourriture durant la guerre font comprendre l’extrême difficulté de cette période. A la cantine, sont servis « rutabagas », « haricots » et « carottes ». Les chevaux de dissection injectés au plâtre, étaient, en fin de semaine de dissection, de grands pourvoyeurs de viande de consommation (bien qu’un peu crayeuse). La graisse du cheval était récupérée pour préparer les frites. La situation s’est encore durcie lors de la bataille de Paris. Les cochons d’Inde du laboratoire de génétique ont été consommés ainsi que des chats tuberculeux, transformés en pot au feu après une longue cuisson et l’ablation des ganglions.
Pendant cette période 1940-1945, l’ACV continue, malgré les difficultés, à apporter ses secours et développe une action spécifique en direction des victimes de la guerre mais c’est essentiellement les vicissitudes subies par le domaine de la Massaye qui occupèrent les gérants du domaine et le conseil d’administration quand il put se réunir.
La Massaye, immense domaine, est en effet sujet à des réquisitions et des occupations :
- de novembre 1939 à juin 1940, l’armée anglaise occupe la Massaye. Le domaine évite la réquisition. Une location de 60 000 francs par an (22 000€) est proposée et acceptée. Deux versements de 15 000 francs furent faits puis 7 500 francs récupérés. Le séjour anglais à la Massaye fut de 8 mois, il prit fin le 17 juin 1940 ;
- le 9 juin 1940, après l’armée anglaise, l’armée allemande entre au château, qui sera réquisitionné du 22 juin 1940 au 1er août 1944 pour une indemnité annuelle de 35 000 francs (12 000€ en 1940). Les Allemands déménageront le mobilier, la literie, l’argenterie, le linge et même des installations fixes. Ils abattront des arbres et à leur départ, le voisinage poursuivra le pillage et les dégradations ;
- en 1941, plusieurs demandes d’achat sont faites par des notaires et une société, compte tenu de l’état de la monnaie le conseil d’administration ne donna pas suite ;
- du 1er août 1944 au 23 octobre 1944 des formations américaines prennent possession du domaine et font sauter notamment des munitions de DCA, causant des dommages aux toitures, portes et fenêtres ;
- le 23 octobre 1944, la Marine nationale installa un détachement des équipages de la flotte puis en 1945 un centre de formation pour 2 000 hommes. Le loyer est fixé en octobre 1944 à 26 000 francs (4 500€) par an ce qui constituera un grave préjudice financier pour l’ACV. En 1945, la Marine annonce son intention d’exproprier l’ACV, ayant entrepris de grands travaux. Ce projet échoua grâce au ministre des PTT de l’époque (Bruhnes) qui était aussi vétérinaire.
- le 17 juin 1946 se réunit le premier conseil d’après guerre. Pendant ces deux guerres, le paradoxe pour l’ACV est donc d’avoir eu des difficultés à assurer ses missions de bienfaisance au moment où ses membres avaient le plus besoin d’elle. C’est le reproche qui lui a été adressé par certains adhérents mais comment redistribuer quand les cotisations ne rentrent plus et comment avoir connaissance des cas à secourir dans ces périodes chaotiques ?

1.6 Depuis 1950 : des difficulté à trouver sa place dans l’indifférence confraternelle

Les deux questions qui ont occupé les conseils d’administration de l’ACV depuis 1950 sont le déclin des effectifs et la gestion du patrimoine.
En effet, l’ACV n’arrive pas à freiner la désaffection et son nombre de cotisants stagne voire diminue alors que le nombre de vétérinaires passe de 4 000 à 20 000. Pendant ce temps, la gestion du patrimoine est excellente et le fonds de réserve augmente.
Voilà le paradoxe: alors que la proportion des membres de l’ACV dans la profession vétérinaire est de plus en plus faible, les moyens et donc les secours, eux, sont de plus en plus importants.

1.6.1 Une lutte permanente contre le déclin des effectifs

Depuis 1950, la lutte contre le déclin des effectifs et contre la désaffection de la profession est en effet, une préoccupation constante. Même si une sympathie polie demeure, le désintérêt de la profession est particulièrement flagrant y compris dans le corps enseignant.

1.6.1.1 Un constat difficile à accepter

Comme le montre la Figure 4, en cinquante ans, alors que le nombre de vétérinaires est passé de 4 000 à 20 000, le nombre d’adhérents à l’ACV, lui, est passé de 3 000 à 1 424. Le temps semble bien loin, où le secrétaire général Richard avait comme objectif que la totalité de la profession adhère.
Tous les appels à rejoindre l’ACV restent décevants. Pour exemple, un envoi à l’attention de toute la profession, a été fait à l’occasion du centenaire de l’ACV en 1989, avec 3% de réponses positives seulement. Les résultats des administrateurs précédents ont été du même ordre.
À l’après guerre, plus d’un vétérinaire sur deux faisaient encore partie de l’ACV, aujourd’hui, il ne sont plus que 7%.
En 1993, Roland Moal dans une lettre ouverte à Daniel Vermot Gaud regrette la baisse des apports librement consentis pour faire vivre des structures communes (syndicales en l’occurrence). Il écrit : « c’est un lieu commun de dire que les problèmes ne se posent qu’aux autres et que de toutes façons les divers systèmes de protection sociale, auxquels chaque confrère participe, seront toujours suffisants pour se mettre à l’abri des difficultés imprévisibles. Mon expérience de plus de vingt ans au conseil d’administration de l’ACV montre que ceci est un point de vue entaché d’un optimisme que les faits contredisent ». Les différents présidents restent impuissants devant la désertion de la profession et cette tendance semble impossible à inverser.

1.6.1.2 Les différentes solutions envisagées

De multiples solutions ont été envisagées depuis les débuts de l’ACV pour recruter de nouveaux membres. Les présidents et secrétaires généraux ont multiplié et parfois ont reproduit à quelques années d’intervalle, les initiatives pour faire connaître l’ACV, et son action en direction des défavorisés. Plusieurs pistes ont été explorées :
- la suppression de la cotisation
En 1960, le trésorier, Albert Lebeau, soutenu par le secrétaire général, Jean Durieux, est le premier à envisager l’idée d’abandonner le système des cotisations annuelles pour passer à un système ou tout vétérinaire serait membre de l’ACV.
Les ressources viendraient alors d’un appel à dons. Si cette pensée ne fut jamais appliquée dans son intégralité elle fut reprise dans sa philosophie par la modification statutaire de 1972 qui autorisa l’ACV à apporter des secours à des non-membres.
- la collaboration avec les autres associations
Une bonne collaboration existe depuis longtemps et persiste aujourd’hui, avec une autre association d’entraide, l’AFFV (Association Française de la Famille Vétérinaire). Cette association, créée en 1954, par les épouses des vétérinaires s’appelait alors « l’Association des Femmes de Vétérinaires ». Elle se transforme en « Association Française de la Famille Vétérinaire », pour tenir compte de la féminisation de la profession. Elle dispose d’un véritable maillage du territoire, atout qui manque à l’ACV. Les deux associations vont donc collaborer : l’AFFV repère les cas difficiles, l’ACV apporte l’appui financier grâce aux moyens qu’au fil du temps les donateurs lui ont procurés et que d’avisés administrateurs ont su faire fructifier. Pour éviter des malentendus et des rivalités, il a été malgré tout écrit : « Il a été ainsi convenu que l’AFFV, du moins en ce qui concerne nos membres, limiterait son action charitable au domaine moral tandis que serait laissée à l’ACV le soin de soulager pécuniairement les détresses détectées ».
Par contre, les autres organisations professionnelles se sont détournées petit à petit de l’ACV et la commission quadripartite n’a pas perduré.
Cette commission quadripartite avait été créée en 1960 pour aborder ensemble les cas difficiles. Elle était constituée de l’ACV, de l’AFFV, de la commission d’entraide de l’Ordre et du Syndicat. Elle s’est progressivement éteinte en 1990.
Tous les appels en direction des représentants locaux de la profession, que ce soit l’Ordre, la Direction des Services Vétérinaires ou les délégués sociaux, n’ont rien donné. La seule collaboration qui perdure est celle avec le Syndicat National des Vétérinaires d’Exercice Libéral (SNVEL) qui recueille, pour les vétérinaires qui le souhaitent, la cotisation annuelle à l’ACV.
- une communication par des revues
A deux reprises, au cours de son histoire, l’ACV a utilisé la publication de revues pour faire connaître son action et augmenter son audience. Ainsi, pour informer les sociétaires de ses activités et assurer sa propagande au sein de la profession, l’association a bénéficié de deux journaux successifs :
- Le « Bulletin de l’Association centrale »
En 1898, répondant à l’appel d’Hippolyte Rossignol, un mécène prend en charge tous les frais de publication du journal de l’ACV appelé « Bulletin de l’Association Centrale ». Ainsi, grâce à Bézine, puis à ses successeurs Lua et Soupe, puis à la société UVA, 88 livraisons de ce bulletin ont paru de 1898 à 1938.
Ce Bulletin assurait la publication régulière du nom des membres de l’association, que ce soit les membres honoraires, bienfaiteurs, donateurs, souscripteurs perpétuels, ou tout simplement les membres annuels. Il rendait hommage aux sociétaires décédés, tenait à jour le nom des sociétaires démissionnaires. Le compte rendu des conseils d’administration y était publié. On pouvait y lire à la fois les actes de l’Association, en termes de secours, mais aussi l’état des lieux des dons et des legs de l’année ainsi que les comptes rendus financiers de l’association. Les nombreux discours des membres de l’association y étaient retranscrits en intégralité.
La société UVA était à l’époque un véritable support pour l’ACV. La société prenait en charge les frais d’édition du bulletin, qui était envoyé à tous les vétérinaires, et en contre partie, UVA insérait sa propre publicité dans le journal, comme l’illustre la Figure 6. Il fut même publié des annonces de clientèle à la demande des lecteurs. Ce bulletin fut supprimé au début de la seconde guerre mondiale.
- « Actualité et culture vétérinaire »
En 1953, la revue renaît par la volonté de Clément Bressou sous forme d’une publication illustrée intitulée « vétérinaires ». En 1956, cette publication devient la revue « Actualités et Culture Vétérinaires ».
Ainsi, entre 1956 et 1971, 82 numéros de la revue « Actualités et Culture Vétérinaires » seront édités par la société « Supports et Régie » et avec le parrainage conjoint de l’Ordre et de la Caisse de retraite et de prévoyance (69). Le sigle de cette revue est le même que celui de l’association : ACV. La revue sera essentiellement rédigée par Michel Rousseau, vétérinaire sanitaire aux services vétérinaires de la Seine. Celui-ci, avait été orienté par Clément Bressou, vers des diplômes de bibliothécaire, pour réaliser un projet qui ne vit pas le jour, celui d’un centre national de documentation vétérinaire greffé à l’école d’Alfort. La revue était adressée gracieusement, tous les deux mois, à tous les confrères. Elle obtint un accueil chaleureux.
32 pages étaient éditées sur des thèmes de culture vétérinaire et d’actualités, comme l’évoquait son nom. Le but était qu’elle soit accessible à tous, y compris aux clients dans les salles d’attente des confrères. Des publicités permettaient d’assumer le poids financier de cette revue. Les vétérinaires s’intéressaient à cette revue car elle évoquait des sujets variés, pas forcément en rapport avec l’association mais surtout car des annonces de clientèle y étaient publiées.
Cette revue publiait aussi les actes de l’ACV et ceux de l’Ordre qui apportait un soutien financier (3 000 francs en 1965). Dès 1967, les premières difficultés financières apparurent par la baisse des ressources publicitaires. Le conseil décida qu’il n’était pas envisageable qu’une partie des ressources de l’association soit détournée du but de bienfaisance pour aller vers la revue.
En outre, l’Ordre fit connaître en 1968 la mise en place de sa propre revue. Il n’apportera donc plus sa participation financière. En 1969 pour soutenir une campagne d’adhésions en cours, il est malgré tout accepté 4 nouveaux numéros et que si nécessaire le déficit serait comblé par l’ACV. Malgré les efforts de Clément Bressou pour trouver un nouvel éditeur en la personne du centre d’action et de propagande économique, la revue est donc condamnée à disparaître, faute de moyens. Un contrat est bien signé en avril 1970 et un premier numéro paraît en décembre 1970. Mais le routage fait par l’ACV s’avère difficile. Deux numéros par an devaient suivre mais l’éditeur dénonce le contrat. En 1971 un dernier numéro fut publié. En 1973, grâce au vétérinaire général Guillot, un annuaire est publié avec l’aide de « la revue technique du froid », cet annuaire est adressé à tous les délégués sociaux et à tous les membres en vue de susciter de nouvelles adhésions. Ce fut la dernière publication spécifique de l’ACV.
L’ACV a donc bénéficié pour sa publicité, au cours de son histoire, de la publication de deux revues. Elles ont toutes les deux disparu, faute de financement. Si l’impact de la première revue est difficile à évaluer, la deuxième fut elle, clairement un échec en termes de développement de la notoriété de l’ACV et de recrutement de nouveaux membres, comme l’a reconnu Clément Bressou.

1.6.2 Une gestion optimale des finances

L’ACV a connu durant son histoire, d’excellents gestionnaires, qui ont su faire fructifier le capital, conduisant à l’augmentation de son fonds de réserve et à l’augmentation de ses moyens financiers au cours du temps.

1.6.2.1 Une solution trouvée pour la Massaye

Des risques d’expropriation par la Marine nationale Depuis le 23 octobre 1944, la Marine nationale est installée au domaine de la Massaye. Elle y restera jusqu’en 1960 et bien des péripéties ont accompagné ce séjour. Celle-ci envisage en effet la réquisition de la Massaye. Et c’est grâce uniquement à l’intervention de 3 hommes que la Marine va y renoncer :
- le vétérinaire général Vivien, président de l’ACV jusqu’en 1953,
- le ministre des PTT de l’époque, Brunhes, qui est aussi vétérinaire, 􏰁 le sénateur Saint Cyr, président de l’Ordre.
La Marine renonce donc et signe un contrat de location sur la base de 350 000 francs (9 000€ en 1950) ce qui représente une perte financière pour l’ACV. Pourtant, en 1950, l’assemblée nationale puis le conseil de la République marquent leur désapprobation de la politique menée d’installation d’un centre de la Marine à 75 km des côtes.
Malgré cela, sous la présidence de C. Bressou, les menaces d’expulsion reviennent. Pour éviter l’expropriation, les discussions envisagent un bail emphytéotique avec la Marine. Mais en 1959 le Ministre des Armées fait savoir au président de l’ACV la renonciation de l’utilisation par la Marine du domaine à la fin du bail le 23 octobre.
- Un accord trouvé avec les hospices de Rennes
Après de multiples contacts avec des repreneurs potentiels, finalement et au grand soulagement de P. Roux ce sont avec les Hospices de Rennes que les négociations aboutiront (Photo 7). Ainsi, la destination que voulait donner Victor Even à son domaine de La Massaye est en quelque sorte respectée. P. Roux est convaincu qu’il s’agit d’une situation pérenne. Il écrira d’ailleurs « les hospices sont immortels comme l’ACV », et le 30 mars 1960 un bail est signé jusqu’en 2035 pour le château et ses dépendances. Ce bail, s’ajoutant aux locations des fermes de Cameru et St Samson, voit ainsi une importante source de revenus garantir les actions de bienfaisance de l’ACV.
Pour sauvegarder une sorte de légalité à l’opération il est prévu que les hospices de Rennes installeront et mettront à disposition de la profession vétérinaire, dix chambres. Ce fut fait et, en 1966, un premier tarif est fixé à 18 francs par jour (21€). De la publicité est faite dans la revue mais il ne semble pas qu’une seule personne ait répondu. Cet accord trouvé avec les hospices de Rennes va redonner de la valeur au domaine et une source de revenus importante à l’ACV, après le préjudice financier subi par l’occupation militaire.
Mais en 1988, le conseil d’administration du centre hospitalier régional universitaire (CHRU) acte la fermeture à terme du centre de La Massaye dans le cadre du plan gérontologique départemental, avec confirmation en 1993 par l’adoption du projet d’établissement du CHRU. Le 3 avril 1996, une réunion se tient au CHRU sur l’avenir de La Massaye. L’ACV est invitée et le CHRU confirme ce désengagement progressif, conduisant au désengagement définitif entre 2000 et 2005. Au cours de cette réunion le Président du conseil d’administration du CHRU, maire de Rennes, devant l’inquiétude de J.P. Marty de voir disparaître une importante source de revenus pour l’ACV indique «que quoiqu’il arrive le C.H.R.U. respectera ses obligations contractuelles avec l’ Association Centrale des Vétérinaires jusqu’ en 2035. Toutefois si d’ici là, d’autres possibilités sont envisageables le C.H.R.U. ne s’y opposera pas ».
J.P. Marty au nom de l’ACV prend acte de cet engagement et souhaite, appuyé par le Président Hervé, une solution permettant de maintenir une activité à caractère social et sollicite les collectivités.
Quel avenir pour la Massaye ?
Entre 2003 et 2005, l’Etat ouvre un centre d’accueil des demandeurs d’asile dans un pavillon inoccupé du CHRU, malgré l’avis défavorable du conseil d’administration de l’ACV et de la municipalité de Guichen. Rapidement, l’administration se rend compte de l’inadaptation de la solution retenue et le centre ferme avant la fin des activités hospitalières sur le site, laissant un bâtiment particulièrement dégradé. Le 8 décembre 2004 le directeur du CHRU fait connaître sa décision de fermer définitivement le site de la Massaye aux activités hospitalières fin juin 2005. Quoi qu’il en soit, le CHRU doit rendre le domaine dans l’état dans lequel il l’a trouvé. Il doit réparer les dégradations et détruire les bâtiments qu’il avait construits sur le domaine).
Depuis cette date de fermeture, l’ACV recherche une solution pour céder le domaine de la Massaye et se mettre en conformité avec les dispositions de la loi de 1901.

1.6.2.2 L’augmentation des moyens financiers

De 1970 à 2000, les présidents Bressou, Durieux, Marty, Gielfrich ainsi que les trésoriers et secrétaires généraux successifs Pierre Escuret, Paul Mozer, Roland Moal, Louis Blajan mirent tout leur talent pour gérer au mieux le capital de l’association qui s’enrichira successivement de deux legs importants fait par les docteurs vétérinaires Paillot et Riboux. Ces legs permettront, s’ajoutant aux revenus de la Massaye, d’augmenter les secours malgré la stagnation des adhésions.

1.6.2.3 L’acquisition d’une partie de la maison des vétérinaires

En novembre 1973, grâce aux moyens que lui avait apporté le legs Paillot, l’ACV, sous la présidence de Clément Bressou et avec la participation active de Henri Drieux, décide de s’associer au projet d’une nouvelle maison des vétérinaires (Photo 10) destinée à remplacer celle du 28, rue des Petits Hôtels à Paris, devenue trop petite et mal adaptée. Le but était que l’ACV dispose de ses propres locaux pour son siège.
Cette décision se traduit par l’apport d’un million de francs (810 000€) et relance le projet de 1971 du syndicat national des vétérinaires français (SNVF), qui ne bénéficiant pas du capital nécessaire, espérait beaucoup d’une souscription professionnelle qu’il avait lancée, mais dont les résultas furent décevants.
Le bouclage financier est donc le suivant :
- 1 million de francs du syndicat national des vétérinaires français,
- 1 million de francs du syndicat national des vétérinaires praticiens français (SNVPF),
- 1 million de francs de l’Ordre des vétérinaires,
- 1 million de francs de l’ACV auxquels s’ajoutent,
-  675 000 francs de la souscription.
Les travaux s’achèvent en 1976 et l’ACV est propriétaire dans la maison :
- d’un bureau au rez-de-chaussée, qu’elle loue au SNVPF,
- d’un bureau et d’une salle de réunion au 1er étage (salle Paillot), 􏰀 d’un bureau au 2e étage loué au SNVPF,
- de deux locaux de 37 et 45 m2 au 3e étage qu’elle revend à la CARPV 1 million 600 000 francs en 1993, pour respecter les dispositions de la loi de 1901, car ces locaux n’étaient pas utiles au but de l’association.
Le bureau et la salle de réunion du 1er étage font l’objet, le 3 octobre 2002, d’un contrat d’échange réciproque avec des bureaux mieux adaptés appartenant au SNVF au 3e étage.

… à suivre...